Le Lac des Signes

Au détour d'une escapade en bord de lac, deux amoureux se retrouvent sur le chemin qui les mènera à leur raison de vivre, guidés par le passé.
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Le Lac des Signes

Au détour d’une escapade en bord de lac, deux amoureux se retrouvent sur le chemin qui les mènera à leur raison de vivre, guidés par le passé.

Espiègleries

La radio se faisait bien vieille. Après tout, la voiture aussi.

Pourtant, il l’aimait cette voiture. Tout avait commencé à l’adolescence quand son père lui avait ramené un tas de ferraille qui crachait ses poumons mais qui roulait quand même. C’était une folie paternelle qui avait autant fait grincer sa mère des dents que cela ne l’avait faite rire. Il n’avait pas fallu longtemps avant qu’elle ne dégaine son polaroid pour capturer de précieux instants entre père et fils.

Alors oui, il l’aimait, cette voiture. Il s’était fait une promesse, en hommage à tous ces instants d’amour et de bonheur, une promesse chère à son cœur. Une promesse qu’il tiendrait avec celle qui dodelinait de la tête en sifflotant au rythme de la musique juste à côté de lui, son voile blanc voletant au gré du vent. Ses parents n’auront pas pu être témoins de leurs vœux, une pensée douloureuse qu’il refoula. L’heure n’était pas au deuil.

Sans le savoir pourtant, ils étaient en train de reproduire ce que ses parents avaient fait des décennies plus tôt, à une différence: la mariée était aux commandes, cette fois-ci.

Always de Panama en musique de fond, ils filaient au milieu de la forêt, les roues faisant voler les feuilles d’ambre sur leur passage. Au loin, un daim levait la tête comme pour tenter d’apercevoir ce qui faisait un tel boucan.

Au détour d’un beat enivré, elle fut prise d’une folie et arrêta brusquement la voiture en lui lançant un regard langoureux, le regard de celle qui avait une petite faim et qui savait qu’il y avait non loin un point d’eau à l’abris des regards. Il ne put résister et sortit à sa suite pour faire face à une matinée naissante ayant encore la chaleur de l’été. Tout en le tirant à elle par la main, elle passa son débardeur au-dessus de sa tête. S’il n’avait pas compris le message, le tissu envoyé sur son visage finit de l’éclairer. Il fut d’ailleurs vite rejoint par deux pairs de chaussures, un t-shirt, de la dentelle…

Le daim, qui était retourné à son repas, leva à nouveau la tête, interloqué. Il déguerpit quand ces deux bipèdes sautèrent à l’eau.

Rires et éclaboussures suivirent, puis un regard brûlant, un baiser, des caresses. Ils jouèrent à se mordre, se chamaillèrent. Elle menait la danse alors qu’il était dos à la pierre bordant le lac, partiellement immergé, totalement submergé. Le soleil perçait les feuillages et se diffusait à travers le vénitien de ses boucles pour l’éblouir d’une lueur tigrée. Elle remarqua ses yeux plissés et forma un rideau de ses cheveux d’un geste habile, laissant le reste du monde derrière eux. Elle mordilla son épaule tout en savourant ses mains sur sa peau fraîche et perlée, jusqu’à ce qu’un timide gémissement ne lui fermât les yeux pour entrouvrir sa bouche.

Il attrapa cette dernière à pleines dents, ses doigts entre ses mèches, avant de la renverser dans une vague aquatique. Il la contempla un instant, savoura ses yeux captant un rayon de soleil, ses cheveux flamboyants, sa bouche gourmande, les courbes de son corps et les effets de l’eau sur celui-ci.

Le soleil continuait de se réveiller quand les remous devinrent plus réguliers et que rires et murmurs s’éteignirent. L’eau devint enfin miroir lorsque, épuisés, ils s’allongèrent dans l’eau à profiter de l’absence de temps et du calme de la forêt. Les oiseaux chantaient à nouveau et les écureuils faisaient craquer branches et feuilles. Le daim revint lui aussi, voyant qu’ils s’étaient calmés, curieux. Rares étaient les humains à pénétrer dans son domaine.

Lorsqu’elle l’aperçut, elle se tortilla pour mieux le voir. Elle trouva une feuille encore jeune dans l’herbe mousseuse qu’elle tendit avec l’espoir de pouvoir le caresser. Il la regarda un instant, intrigué et méfiant. Il s’approcha néanmoins, sentit la feuille dans sa main et se laissa faire lorsqu’elle passa ses doigts sur son museau.

Il ne ratait pas une seconde de cette scène unique et idyllique: elle, l’eau comme une robe jusqu’aux hanches, un sourire angélique sur son visage rosé par leur amour, à caresser un animal sauvage au milieu de nulle part, le soleil enflammant cet instant. Il ne regrettait pas une seule seconde d’avoir dit “Oui, je le veux”.

Alors qu’il détaillait la scène, il aperçut une tache étrangement familière dans l’oreille de l’animal, ce qui le fit sortir de sa rêverie.

Une marque

A l’intérieur de celle-ci se trouvait une marque rose en forme de Valknut. Il regarda la chevalière à son doigt, offerte des siècles plus tôt par sa mère, pour y trouver le même symbole nordique: trois triangles entrelacés.

Sa dulcinée lui lança un regard, toute fière de son accomplissement, mais remarqua son attention portée sur sa bague. Elle l’interrogea du regard quand elle croisa le sien, aussi lui indiqua-t-il ce qu’il avait observé. Curieuse à son tour, elle suggéra une coïncidence rigolote. Il sortit pourtant dans une gerbe d’eau, ce qui fit reculer le daim, en précisant qu’il revenait.

Valknut, Valknut… Ce ne pouvait être une coïncidence. Son père était féru d’histoires en tout genre et d’énigmes pleines de clin d’œil. Ce ne pouvait être une coïncidence. Il rejoint la voiture, vêtu uniquement de son jean, et se dirigea directement vers le coffre. A l’époque où son père et lui bricolaient leur enfant à moteur, ils s’étaient amusés à dessiner tout un tas de glyphes, runes et autres symboles du monde. Il était tatoué de partout, son père, et c’était un vrai vadrouilleur qui aimait marquer ses voyages d’une marque culturelle. C’était d’ailleurs ainsi qu’il avait rencontré sa mère: à l’autre bout du monde, alors qu’ils se faisaient tatouer la même chose pour des raisons différentes. Son esprit carburait tandis qu’il soulevait le fond protégeant la roue de secours. Dans la couronne de métal qui l’entourait, nombre de symboles en tout genre et de petites phrases étaient gravées. Il effleura celui qu’il cherchait, sans vraiment savoir ce qu’il en attendait.

Rien.

Il appuya alors dessus, sans plus d’effet.

Une idée germa en lui quand il regarda à nouveau sa chevalière avant de la retirer. Lorsqu’il la posa contre le symbole,  une trappe s’ouvrit.

A travers la forêt

Il retourna hâtivement auprès de sa compagne qui s’était rhabillée, l’eau encore sur sa peau traversant ses vêtements. Étrangement, le daim auparavant si farouche était encore là auprès d’elle.

Il ne savait pas quelles émotions le tourmentaient. La curiosité était certaine mais aussi l’appréhension, l’incrédulité.

La peur.

Elle le regardait avec attention, d’autant plus inquiète que son visage était soucieux et son poing serré.

Elle s’approcha de lui sans poser de question et l’enlaça tendrement sans qu’il ne réagisse vraiment. Il s’écarta pour lui montrer le contenu de de sa main: une clé en pierre et un pochon lacé de cuir.

Le daim avait levé la tête à l’ouverture de sa main, ses oreilles dressées. Il s’approcha d’eux le museau reniflant l’air et se dirigea vers le pochon qu’il n’avait toujours pas ouvert comme une incitation à le faire. Sa femme le délaça et une odeur florale fanée s’en dégagea, pas totalement désagréable. Les yeux du daims s’écarquillèrent mais il ne déguerpit pas.

Au lieu de cela, la marque dans son oreille s’était illuminée comme incandescente.

Il recula peu après et s’en alla; ils convinrent ensemble de le suivre. Il attrapa ses affaires pour finir de s’habiller et tous deux partirent à sa suite.

Le daim les emmena le long du lac jusqu’à la rivière qui s’y fondait. Le panorama avait de quoi laisser sans voix, si bien qu’ils ne purent s’empêcher d’admirer la scène qui s’offrait à eux. Le soleil, toujours levant, brûlait l’étendue d’eau et les arbres s’y reflétaient à la perfection si ce n’était pour la légère brise qui déformait leur silhouette.

Leur guide traversa la rivière par un chemin de pierres avant de disparaître derrière un châtaignier. Ils se hâtèrent de le rattraper mais derrière l’arbre le chemin était dégagé, si bien qu’ils ne pouvaient le perdre. Ils marchèrent ainsi sous la cime des arbres ployant au rythme du vent sans avoir conscience du temps: le soleil perçait difficilement le feuillage et ils devaient faire attention de ne pas tomber. Ils continuèrent leur chemin jusqu’à ce que le daim disparût de nouveau au détour d’un virage forestier.

Mais de l’autre côté de celui-ci… Il n’y avait qu’un mur de pierre, totalement lisse.

Ils ne pouvaient s’y méprendre. Le daim, aussi étrange cela fut-il, les avait mené jusqu’ici pour une raison. Quelque part sur ou autour de la roche devait se trouver une serrure correspondant à la clé de pierre. Ils détaillèrent le mur tandis que le daim retournait à son repas sans pour autant les quitter.

Elle le tira par la manche quand, derrière une feuille de lierre, elle trouva une encoche discrète. Il ne lui fallut pas longtemps pour y essayer sa clé après un regard à sa dulcinée.

La clé entra toute seule et il n’eut aucun mal à la tourner. Un pan de roche entier glissa alors, les faisant sursauter. Un nouveau chemin venait d’apparaître tandis que le daim, lui, restait impassible.

Ils échangèrent un dernier regard avant de pénétrer dans la grotte avec appréhension.

L’Héritage

Le chemin était faiblement éclairé sans qu’ils ne sachent quelle pouvait en être la source. Elle s’accrocha à son bras alors qu’il n’était lui-même pas très serein. Tout ceci paraissait d’un autre monde: comment tous ces petits éléments pouvaient-ils former un tel sens? Il ne comprenait pas comment son père, ses parents, avaient pu accomplir tout cela. Il y a avait tant de choses étranges, à commencer par le daim et ce Valknut. Il sentait son cerveau défaillir, il trébucha mais fut soutenu par sa femme.

Leurs pas raisonnaient entre les parois de pierre tandis qu’ils descendaient des marches. Il ne fallut pourtant pas longtemps avant d’arriver en bas de l’escalier qui s’ouvrait sur une salle circulaire éclairée de la même manière. Elle était vide, si ce n’était pour une malle posée en son centre sur un bloc de pierre et une porte derrière elle.

Le couple s’approcha de la malle, dotée d’une serrure. Il y fit tourner la clé dans un clic de métal et la malle s’ouvrit avec, en son sein, de vieux grimoires poussiéreux qui servaient de support à une lettre.

Une lettre avec l’écriture de sa mère et de son père.

Il l’a pris entre ses doigts, fébrile, le souffle court. Sa femme posa sa tête sur son épaule ce qui lui donna la force de découvrir son contenu, à voix haute:

 

A toi, notre fils, voici notre Héritage.

Toi qui détestes les clichés, les mots qui vont suivre ne vont pas aider. Si tu lis ces mots, c’est que nous n’avons pu t’amener là où tu te trouves actuellement, de notre vivant.
Tout cela doit te sembler bien fou et le fruit de mille coïncidences possibles. Il y aurait tant de manières pour toi de ne pas découvrir cet endroit. Si tu n’avais pas pris la voiture, si tu n’avais pas pris ta bague, si tu ne t’étais pas arrêté non loin d’ici…

A vrai dire, il n’y a pas de coïncidence.

Depuis que tu l’as reçue, pas un jour n’existe sans que tu ne portes cette bague. Pourquoi donc? Car ce n’est pas une bague comme les autres, comme tu as pu le découvrir. Jamais tu n’aurais pu sortir sans elle.
Tu es probablement arrivé ici avec notre fidèle compagnon à quatre roues. Disons qu’elle aussi, n’est pas une voiture comme les autres. Elle ne pouvait révéler ses secrets qu’à la réalisation du voyage avec la personne la plus importante à tes yeux. C’est elle que nous avons choisis. Mais alors, comment arriver précisément ici, grâce à une bague et une voiture seulement?

Tout simplement car “ici” n’est pas ici. “Ici” est partout. En face de toi se trouve une porte et derrière cette porte, un lieu qu’il te sera essentiel de protéger. Ce lieu s’appelle le Sanctuaire.
Lorsque tu en franchiras le seuil, tu trouveras les racines du monde et les seules choses qui méritent d’être protégées.
Ta mère et moi y sommes venus bien des années auparavant à la suite d’un concours de circonstances bien similaire. Nous, nous étions à la conquête des montagnes japonaises lorsqu’un écureuil croisa notre route.

Ce Sanctuaire est l’origine de tout. Tu dois alors te demander “Pourquoi moi?”
Pour aucune raison particulière. Tu n’es pas le seul et la personne qui t’accompagne non plus. Partout dans le monde, les cœurs les plus bienveillants sont choisis pour accomplir ce devoir envers la Vie même.

Lorsque tu pénétreras en son sein, de nombreuses réponses se découvriront et tu te réveilleras là où ton guide t’a trouvé. Tout ceci sera vrai et tu n’auras qu’à chercher la marque qui t’a conduit jusque là. Tu ne pourras cependant pas retrouver ce Sanctuaire tout de suite mais tu sauras comment le protéger, en temps voulu.

Tu devras découvrir le reste par toi-même, mon chéri.
Sache que nous veillerons sur toi, à notre manière.

Avec tout notre amour,

Ta mère et ton père.

 

Il finit la lettre sans vraiment en comprendre le sens, la relit sans vraiment savoir ce qu’il cherchait. Une larme coula de sa joue pour venir mouiller le papier granuleux et un baiser vint consoler son cœur.

Elle lui prit à nouveau la main pour l’emmener vers la seule manière de savoir si tout ceci avait un sens. Il rangea la lettre dans la poche de son jean et tous deux se dirigèrent vers la porte, le cœur battant. Ils s’arrêtèrent devant elle, un mélange d’appréhension et de peur dans le ventre. Il posa pourtant sa main sur la poignée avant de la tourner dans un doux grincement.

Quand celle-ci tourna sur ses gonds pour révéler ses secrets, il sut avec certitude que les mots de ses parents étaient vrais: il avait, en cet instant précis, tout ce dont il avait besoin en ce monde. Il se réveilla alors dans l’eau aux côtés de sa femme.

Au loin, un daim s’approchait d’eux, un Valknut dans l’oreille, tandis que les souvenirs d’un endroit merveilleux à l’air floral et l’horizon coloré se peignait dans leurs esprits.

Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.
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