Déménagement – C’était mon anniversaire
Bagages devant le train vers Hogwarts

Déménagement – C’était mon anniversaire

Je me souviendrai de mon premier anniversaire à Rouen, quasiment un an après avoir emménagé dans cette ville. Serais-je enfin à la maison?

Précédemment dans “Journal d’un déménagement”

J’en ai pas un souvenir mémorable

Je me souviens de mes 25 ans avec des émotions partagées.

Depuis mon année en Irlande en 2015 puis mes deux mois successivement à Singapour puis San Francisco, pour mes études, les graines de l’expatriation sont plantées et enracinées.

En 2018, je finissais mes études avec une grosse rupture et le tout sonnait à mes yeux comme une belle et grosse transition. Je laissais derrière moi ma vie d’enfant pour faire face à l’âge adulte et je réfléchirai un tatouage pour l’occasion. J’avais aussi besoin de repartir, besoin de partir d’ici, besoin de vivre ailleurs.

À ce moment, je souhaitais vivre à Zürich où j’y aurais rejoint l’un de mes meilleurs amis rencontrés en Irlande. J’y trouverai un travail aux fausses promesses cet hiver-là mais je n’y trouverai pas ma place, le patron n’avait rien d’un leader et mon travail n’était pas valorisé comme il l’aurait dû. Je leur ferme la porte à la fin du mois de Janvier 2019, dégoûté de ne pas atteindre mon objectif et de devoir repousser mon expatriation, une fois de plus.

Le 9 du même mois était le jour où l’Envol s’encrerait sur mon bras.

« Il n’y a pas d’envol sans vide ».

C’est le thème du tatouage en question, une référence directe à Pierre Bottero, mon auteur préféré, et une influence littéraire majeure dans mon écriture. Un phénix s’envole d’un livre et laisse derrière lui une traînée de pages marquées des histoires qui m’ont marquée.

Ce tatouage ne soignait pourtant pas ce qui m’empêchait de m’envoler moi. J’étais bloqué dans cet endroit où je peinais à m’amarrer qu’était la banlieue parisienne. J’avais essayé de partir, en vain, aussi avais-je décidé de m’ancrer par sécurité en attendant des temps plus cléments.

Mon premier jour dans ma boîte de l’époque fera naître une amertume désagréable et il me faudra 2h pour savoir que je ferai 1 an, pas plus, juste ce qu’il fallait pour rebondir et passer cette barrière symbolique de l’année jamais dépassée auparavant.

Je n’y étais pas beaucoup mieux valorisé mais j’y apprendrai de nouvelles choses et j’y grandirai, rencontrerai des personnes précieuses à mon cœur aujourd’hui encore. Cette expérience était donc loin d’être mauvaise et je lui devais ma capacité à être là où je serai l’année d’après.

Nous sommes alors en 2019. Je suis toujours entre la banlieue et Paris, en couple mais par hasard, pas vraiment là où je souhaite être quoique je sois dans un environnement stable, ce qui n’était pas le cas à peine quelques mois plus tôt. Je n’ai pas de racines, tout à construire dans ma vie et un besoin crucial de lumière intérieure.

Mes 25 ans arrivent en Mai de la même année. Je réserve une table dans un bar du 9e sans me rendre compte que c’est un bar-tabac, j’invite une poignée d’amis qui ne se connaissent pas mais qui apprendront, essayant de me convaincre que ce soir-là je serai heureux. Nous serons les seuls clients de l’endroit et l’ambiance au démarrage est abyssale. Heureusement, il y a toujours cet ami qui débarque et met le feu à l’endroit et quelques dizaines de minutes après mon arrivée, je commence à oublier mes frustrations et mes amertumes.

La soirée sera finalement sympathique, aigre-douce; j’y créerai quelques beaux souvenirs mais garderai cette tristesse de ne pas avoir eu des 25 ans incroyables comparés aux 25 ans de tous les autres. Je n’avais pas eu de vraie vie étudiante, pas eu l’âme d’un fêtard, toujours eu l’impression de passer à côté de quelque chose, de rater ma jeunesse…

Un jour, peut-être.

J’embrasse à nouveau la solitude le même été et pour un moment, optimiste mais pas naïf. Les années s’enchaînent, j’ère et je repense aux mots de l’amie d’un ami dont on fêtait les 40 ans un été plus tôt :

« J’ai largement préféré mes 30 ans à mes 20 ans ».

Je me les répèterai avec l’espoir qu’ils soient vrais pour moi aussi.

Va toujours au même endroit

Grand saut au 23 Juin 2021, ma date d’emménagement à Rouen, et tous ces mois à essayer d’y créer ma maison, en vain.

Enfin, non.

Je suivais un dicton qui répondait à la question « Pourquoi est-il si dur de se faire de nouveaux amis en grandissant? ». La réponse était pourtant simple: nous sommes tous les jours à l’école, tous les jours au travail et c’est en voyant les mêmes gens tous les jours que l’on peut aussi créer des liens.

Je cherchais donc un endroit pour me correspondre et où je pourrai me sentir bien, puisque je ne me sentais pas bien dans mon appartement.

Je découvre le Prélude, deux mois après avoir emménagé. L’endroit devient une extension de ma maison grâce aux personnes formidables tenant comptoir et cuisine. Je m’y lance un défi: être spontanément invité à boire un verre.

Il n’y avait rien que je puisse accomplir pour que cela n’arrive, si ce n’était vivre ma vie et créer des liens eux aussi spontanés. Il y a plus dur, comme objectif!

Alors, je continue d’y aller le matin, bien plus pour moi que pour mon défi, juste parce que, eh bien, j’aime ça. Le Prélude fait partie de ma routine, c’est le début de ma journée, ce sont les échanges joyeux de bon matin avec chacune des personnes y travaillant. C’est ma petite bulle.

Et un beau samedi matin alors que j’y prends un café avec ma chère Birdy rencontrée ici, l’une des personnes y travaillant vient nous voir pour papoter.

Elle nous dit aussi que dans quelques jours ce sera son anniversaire…

… et elle nous invite.

Je ne m’y attendais pas.

Je suis comblé. Je suis comblé, non pas parce que j’ai réussi mon défi. Je suis comblé pour la symbolique cachée derrière celui-ci:

J’ai fini par me faire de nouveaux amis.

L’Écuyer

Sautons quelques nouveaux mois plus tard pour arriver quelques jours avant mon anniversaire, quelques jours avant le 2 Mai 2022.

Je ne connais pas trop ces anniversaires qui nous donnent l’impression d’être « la personne de la soirée ».

Alors, quand Birdy s’excite de l’arrivée du 2 Mai, je suis plutôt blasé. Un jour comme un autre, avec des textos et des coups de fil. Cependant, au détour d’une sortie pour Montagne en Scène, le 28 Avril, la maline me regarde dans les yeux et me dit:

« Ne prévois rien samedi soir ».

Je suis perplexe, toujours blasé mais perplexe en plus.

Stressé, aussi.

Stressé car je ne maîtrise pas la situation et en même temps, c’est bien ça qu’il me faut: lâcher prise.

Stressé aussi car je me vois déjà déçu. Ouais, dit comme ça c’est un peu violent et ça n’a rien à voir avec qui que ce soit! Je n’ai juste pas l’habitude, voilà tout. Dans ces moments, l’attention à beau être tournée sur la personne qui fête, l’intention n’est pas toujours propice à lui permettre de s’amuser sans culpabiliser.

Samedi arrive, je vis ma journée un peu entre deux pensées, Birdy sait que je suis paniqué silencieusement et elle ne me juge pas. Je ne cherche pas à deviner, j’attends patiemment que le moment arrive jusqu’à ce que nous sortions enfin. Elle me balade quelques rues avant de me faire repasser par ma rue, plus bas.

Alors, je comprends. L’Écuyer. Nous allons à l’Écuyer.

J’aime beaucoup cet endroit. Les tenanciers sont adorables, la bière est correcte et les cocktails sont exquis, un parfait mélange pour un bon moment…

Et si nous allons à l’Écuyer, ça veut dire que nous allons fêter mon anniversaire avec mes amis.

J’en aurai un souvenir incroyable

Dès lors, je vais de surprise en surprise.

Mes camarades du Prélude débarquent, mes meilleurs amis de Rouen aussi et ensemble dans cet endroit à rire et boire des breuvages sur le thème de Harry Potter car il y a un fan derrière le comptoir qui n’a pas manqué mon t-shirt Gryffondor, je me sens l’homme de la soirée.

Le temps s’arrête.

Mes pensées s’éteignent alors que l’enfant en moi prend le relais.

Je lâche enfin prise, de l’ouverture à la fermeture du bar.

J’ai beau remplir mon verre avant qu’il ne se vide, l’univers est gentil avec moi car il me laisse me rappeler de tout.

Je me rappelle des sourires du Prélude quand l’équipe débarqua.

Je me rappelle de Birdy m’annonçant que mes meilleurs amis de Rouen arriveront bientôt alors qu’il est souvent difficile pour ce couple de venir à cause du travail.

Je me rappelle des pizzas sur la terrasse, des shots de Baby Guinness, des mélanges aux couleurs des Quatre Maisons, des rires, des échanges avec les camarades de l’Écuyer, des réflexions existentielles et amoureuses passé minuit, des lancés de pourboires avec des lunettes-yeux-de-mouche, des câlins, des bisous…

Je me rappelle de tout.

Et je me rappellerai de ces 28 ans toute ma vie, enfin, de la soirée deux jours avant de les avoir.

Cette soirée représente mon passage de « Je n’arrive pas à me sentir à la maison dans mon loft » à « Rouen, c’est chez moi. ».

Et rien que cela suffit à me rendre heureux.

Alors, à mes vieux amis, mes nouveaux amis et surtout à ma Birdy…

Merci.

Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.

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