Journal d’un framboisier

Journal d’un framboisier

C’est le 02 Mai 2024, le jour parfait pour le bilan annuel! Au menu du jour: burnout, troubles neurologiques et renouveau, on va papoter toi et moi!

Je ne sais pas par où commencer

C’est mon premier billet de 2024 et hors NaNoWriMo, le précédent date du 1er Juillet 2023. Comme toujours dans une vie, il s’est finalement passé beaucoup de choses en si peu de temps. Par exemple, j’arrive lentement au bout d’un diagnostic débuté en Janvier 2022 avec une réflexion débutée plus tôt encore, en 2020. Et si tout un tas de choses de ma vie s’expliquait par quelque chose que je ne maîtrisais pas?

Tu vas pas dire tout de suite de quoi tu parles, hein?

Héhé.

Il y a mon écriture aussi, et mon travail. Il y a la vie d’adulte, de grand, qui prend forcément beaucoup de place. Il y a mes rêves qui ne ternissent pas mais qui semblent chaque jour plus dur à réaliser. Il y a tout.

Je ne sais donc pas trop comment attaquer le sujet donc je vais faire comme d’habitude: tout balancer puis trier.

2023 fut l’année la plus chaotique de ma vie active

J’en ai parlé à maintes reprises mais pour résumer, l’année fut suffisamment technique pour que je finisse avec deux mois d’arrêt, non pas que ce fut une surprise.

Rétrospectivement, j’aurais pas fait grand-chose de différent, d’ailleurs.

Toujours balancé entre deux vies déjà depuis mes études, j’ai bataillé pour que ma vie pro ne mange pas ma vie artistique. Je croulais sous le travail et quand venait l’heure trop tardive d’arrêter, j’enchaînais avec l’écriture car il n’était pas pour moi concevable de ne pas écrire tout court.

En Septembre 2022, je débutais un accompagnement pour mon projet littéraire, toujours le même depuis toutes ces années mais avec une responsabilité financière importante en plus. Je n’avais pas le droit, pour moi-même, de lâcher prise même si dans les faits (et je le savais déjà), je n’avais pas de deadline fixe. Je n’acceptais pourtant pas de sacrifier ma vie artistique sous prétexte que j’étais sur le fil au-dessus du vide.

Alors j’ai tenu, j’ai tenu très longtemps, à dire vrai, jusqu’au 1er Décembre 2023, date symbolique où le NaNoWriMo 2023 se terminait et que j’étais officiellement libéré de mes obligations financières d’écrivain par la même occasion. J’avais fini un marathon de plusieurs années, d’une certaine façon, et j’avais besoin d’un repos forcé (littéralement, car j’étais sous somnifères).

Une partie des difficultés se situe dans mon cerveau dans un coin sombre de mon identité neurologique. Une partie aux allures de forêt dense que je tâche d’explorer et de cartographier depuis quelques années à présent.

Double burnout?

Je travaille activement dans mes métiers depuis 2015, c’est-à-dire depuis mes 21 ans. Depuis mes 21 ans, je me suis jeté à cœur perdu dans l’expertise digitale avec la conviction qu’elle me permettrait d’accomplir ma vie artistique. Dans une certaine mesure, je pense que c’est encore le cas.

Quand j’étais à Dublin (2015-2016), je quittais un environnement chaleureux pour accomplir cette ambition et finir mes études, en disant à mes camarades que je serai écrivain grâce à ma vie numérique. C’est une prophétie autogénérée avec comme fondamentale d’avoir le choix: être auto-édité et libre grâce à mon expérience (je peux me débrouiller en partie pour développer ma communauté), ou en maison d’édition et libre grâce à mes finances (je n’ai pas à sauter sur le premier contrat du fait d’une situation précaire).

Pour le coup, je m’en sors pas si mal, même si ma vie digitale prend trop de place face à ma capacité à développer ma vie artistique… mais j’ai les finances pour le faire! Je ne regrette pas particulièrement mes choix passés et j’ai conscience de ce privilège.

Mes ambitions mettent du temps à se réaliser, cela étant. J’ai certes publié mon premier livre, Histoires d’Hebenelia et d’ailleurs, ce n’est qu’un projet annexe du grand projet littéraire prenant place dans le même monde.

Je m’égare. Mon double burnout n’a rien de littéraire. Enfin, si, le premier fragment étant professionnel et artistique. Le deuxième non.

J’ai un trouble du déficit attentionnel avec hyperactivité

Après 4 ans à me poser des questions, 4 experts·es et 800€ dépensés et non remboursés, j’ai enfin un début de réponse sur tout un tas de questionnements.

Avant d’aller plus loin, je pense que quelques définitions et explications s’imposent pour que tu comprennes de quoi on parle. Voici des symptômes divers du TDAH (officiels ou non) :

  • Capacité d’attention à double tranchant
  • Hyperactivité mentale et motrice
  • Impulsivité
  • Mémoire fluctuante
  • Troubles dans l’organisation
  • Dysrégulation émotionnelle
  • Sensibilité au rejet
  • Conscience altérée du temps
  • Sensibilité sensorielle
  • Déficit des fonctions exécutives
  • Perception limitée des indices sociaux

Je t’épargne toutes les complications engendrées par un tel trouble, notamment la concomitance élevée avec d’autres troubles comme l’anxiété, la dépression ou encore les troubles obsessionnels, ce que je peux te dire pourtant, c’est que c’est un gros sujet, dans ma vie d’adulte. Enfin, ma vie d’adulte et, rétroactivement, toute ma vie aussi.

Pour tout dire, j’ai des difficultés à écrire cette partie de l’article. J’ai l’impression d’avoir énormément à dire et à la fois très peu car je n’arrive pas à attraper toutes les informations gravitant autour de ce sujet. C’est un sujet complexe, scientifiquement, socialement, humainement, et je n’ai aujourd’hui pas la capacité de mettre de l’ordre dans mes idées.

Donc je “procrastine” cette partie et, par extension, l’ensemble de cet article. Par change, c’est mon article du 02 Mai et tous les ans, je publie un article ce jour précis.

Donc que je le veuille ou non, je vais le terminer, cet article, quitte à te dire qu’un dixième des choses que j’ai en tête!

Fun fact, néanmoins, j’avais débuté une vaste rétrospective de mon diagnostic puis elle m’a ennuyé et si ça m’ennuie, je considère que ça n’a que peut d’intérêt pour les autres aussi. Pour autant, là que je l’ai déjà écrit, autant t’en faire croquer un bout!

Quoiqu’il en soit, il m’aura fallu 4 ans pour aller au bout de mes réflexions et de mon diagnostic, 4 ans et en réalité 3 neuro-psy, un psy, une psychiatre et une flopée d’informations parfois floues, parfois nettes. Par exemple, j’ai passé une semaine avec un diagnostic de troubles bipolaires (dixit ma psychiatre) avant que ce soit invalidé par mon neuro-psy (et mon ressenti aussi), qui privilégiait davantage un combo anxiété / hyperactivité carabinée pouvant causer des symptômes similaires. Mon psy qui me suit depuis bientôt 2 ans était également en doute concernant cette bipolarité balancée en fin de séance post-règlement.

Breeef.

J’ai fait un électrocardiogramme. Mon cœur va bien et c’est tant mieux car début Juin, je commence la ritaline, une molécule souvent utilisée pour les gens câblées comme moi et qui aide dans 80% des cas (et pour les 20% il y a d’autres solutions).

Je ne guérirai pas du TDAH et, d’ailleurs, je ne le souhaite pas. Je souhaite apprendre à vivre avec ce petit monstre pour le transformer en boule de poils toute mignonne.

Et pour le pourquoi, je te laisse avec cette citation de Casey Neistat:

No, I can’t focus on my health and exercise 20 minutes a day 3 days a week but I’ve run 25 marathons, I ran 70 miles last week! No, I don’t have the focus to spend three years on a single movie but I can make a movie today and then I can make a movie tomorrow, I can do that 800 days in a row and call it a daily vlog. That’s part of the superpower. Rather than trying to bend my brain to accommodate the world around me I just work to bend the world around me to benefit my fantastic brain!

Non, je ne peux pas me concentrer sur ma santé et faire 20 minutes de sport par jour 3 jours par semaine mais j’ai couru 25 marathons, j’ai couru 110 kilomètres la semaine dernière! Non, je n’ai pas la concentration suffisante pour passer 3 ans sur un seul film mais je peux réaliser un film aujourd’hui et je peux réaliser un film demain et je peux faire ça 800 jours d’affilée et appeler ça un vlog journalier. Cela fait partie du super-pouvoir. Plutôt que d’essayer de plier mon cerveau pour satisfaire le monde autour de moi, je travaille à plier le monde autour de moi pour avantager mon fantastique cerveau!

Le diagnostic en détail

En Janvier 2022, je commençais un diagnostic que je n’imaginais pas interminable. Je le savais long, incertain, pour avoir fait des recherches dessus depuis 2020, mais pas à ce point.

À l’époque, je me retrouve face à une neuropsy, en visio, et je lui déballe d’une réponse à “Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui?”: “je vous contacte car je pense avoir un trouble neurologique, peut-être de l’autisme et probablement que je suis dépressif aussi”.

Je passerai 1h avec cette personne qui m’enverra ensuite des questionnaires à remplir (questionnaires que je n’aurais pas dû remplir, je l’apprendrai deux ans plus tard); je les retournerai par mail, un peu fébrile de la réponse.

La réponse ne vint pas.

Enfin, si.

Elle vint après deux ou trois relances et 1 mois. Elle s’excuse platement, ayant eu des complications avec un certain vaccin covid, fairplay! Je reçois donc son compte rendu (sur base de questionnaires, je rappelle). Voici quelques extraits:

Le questionnaire du quotient du spectre de l’autisme de Baron-Cohen et collaborateurs, alors laissé à complétion compte tenu des échanges lors de la consultation visio et tel que complété par Monsieur Yacoub, met en évidence malgré quelques difficultés concernant la flexibilité attentionnelle un score éloigné de la limite définie par les auteurs en termes de risque de trouble du spectre de l’autisme (score de 22/50, cut-off à 32/50) n’orientant pas pour l’heure prioritairement vers l’investigation des habiletés sociales et du style de communication.

En revanche, le questionnaire d’entretien diagnostique pour le TDAH chez l’adulte (DIVA) génère des scores positifs concernant la validation d’un trouble déficitaire de l’attention +/- hyperactivité et impulsivité. Une évaluation plus spécifique de l’attention (TAP, PsyTest) sera très probablement à pratiquer pour qualifier et quantifier directement les symptomatologies mises en exergues par les réponses fournies au DIVA, après évaluation intellectuelle globale (WAIS-IV, Pearson) pour contextualisation cognitive des difficultés attentionnelles et/ou étiologie autre explicative d’un trouble attentionnel secondaire (et non primaire), soit deux temps d’évaluation distincts.

C’est une belle avancée! Enfin, je ne me comprenais pas tout. Je demanderai donc, en substance, si mon TDAH devait être confirmé ou précisé. Ai-je ce trouble, oui, ou non? La réponse:

Dans l’idéal, pour savoir ce qu’il serait bon de travailler d’un point de vue attentionnel (quelles modalités de l’attention sont plus impactées / préservées) et comprendre si les difficultés sont primaires (trouble attentionnel pur) ou secondaires à des contraintes autres de procéder à une évaluation cognitive globale (WAIS-IV) dans un premier temps puis une évaluation attentionnelle plus spécifique (TAP 2.3.1).

Je répondrai: “Donc il y a bien un TDAH et il faut investiguer pour savoir ce qui est impacté. Bon à savoir! Comment pourrions-nous en discuter et avancer sur ce sujet?”

Silence. Se faire ghoster par son neuropsy, c’est quand même cocasse.

Aujourd’hui, je le prends avec légèreté mais il faut comprendre un truc essentiel: un TDAH, c’est pas juste un petit souci de concentration et d’hyperactivité. C’est en réalité bien plus complexe et passablement dévastatrice aussi. À ce stade, je suis donc devant un combat face au “Peut-être” qui est particulièrement douloureux.

Je suis émotionnellement et psychologiquement vulnérable à cette période et c’est un état latent depuis alors de nombreuses années (pour rappel: il y a une corrélation forte avec ce genre de troubles), et je n’ai pas de réelle réponse face à mon diagnostic pourtant essentiel à ma construction d’adulte. Je commencerai, l’été 2022, un suivi psychologique pour partir en fouilles archéologiques de ma vie et comprendre comment j’en suis arrivé à être qui je suis à ce jour.

Je reprendrai mon diagnostic en Mars 2023 et j’enchaînerai 5 séances des plus décevantes avec une professionnelle pas si professionnelle. En retard sur les rendez-vous, certains dans un café (no joke), passive dans le suivi… Je fais limite moi-même le diagnostic puisque je dois répondre à des questions qu’elle ne me pose pas, elle semblait plus perdue que moi face à mon trouble! Je ne terminerai donc pas le suivi avec elle, notamment car les dates de rendez-vous possibles s’espaçaient sans cesse et que je n’en avais plus la capacité à ce stade.

Une amie me conseillera deux autres expertes que je tenterai de contacter. Petit truc rigolo, c’est que le rapport entre une personne neuroatypique et un téléphone est conflictuel. Prendre un rendez-vous au téléphone m’est conflictuel. Je le fais dans plein d’occasions sans trop d’arrière-pensées mais c’est toujours un effort et ça peut être très, très compliqué pour d’autres personnes comme moi (avec ou sans anxiété), d’autant plus pour un sujet difficile à verbaliser.

Laisse-moi deviner, tu devais prendre rendez-vous au tel?

Pire.

Des deux, l’une était résolument trop loin donc je me suis rabattu sur la première. Il n’était pas possible de prendre rendez-vous sur Doctolib, soupir, mais malin que je suis, je fouille les internets et trouve son adresse e-mail sur son site, adresse mail qu’elle conseille d’utiliser. J’en profite donc.

Pas de réponse. Je relance quelques jours plus tard. Pas de réponse.

Par chance, écrire mon mail me permet de mettre en ordre mes pensées et il m’est alors bien plus simple de télépho…

Pas de réponse.

Je rappelle et finis par laisser un message vocal mal assuré tout de même. Plusieurs plus tard elle m’enverra un fucking sms pour me dire que c’était pas possible avant plusieurs mois. Je ne répondrai pas tout de suite et elle finira par m’envoyer un e-mail (qu’elle n’avait pas vu avant d’envoyer son sms…) et je lui répondrai globalement merci et mais non merci, 6 mois pour reprendre le diagnostic tant pis, en fait.

Je resterai dans le “Peut-être” jusqu’à Avril 2024.

Plus tôt cette année, je craque violemment. J’ai repris le travail, tout va bien de ce côté mais moi je ne vais pas bien, intérieurement. Ma vie reprend un cours stable donc les facteurs externes ne sont plus un problème, il ne reste donc que l’interne que je peux enfin voir pleinement. C’est bruyant, si bruyant que ma chère Birdy finira par me trouver un nouveau neuro-psy (c’était d’ailleurs elle aussi qui me trouvera ma psychiatre au moment de mon burnout, je lui dois beaucoup, à cet oiseau).

Sur un rythme comparativement effréné, j’enchaîne les consultations et 1 mois et 6h de consultations plus tard, j’ai beaucoup de réponses et plus de questions encore.

Mais je sors de la zone de flou.

J’ai un trouble du déficit attentionnel avec hyperactivité (mon ascendant).

Et je n’ai qu’une vague idée de ce qui m’attend à partir de maintenant.

Petits fruits jaunes que l’on attendait pas

L’année dernière, nous étions à la jardinerie et je tombe nez à nez avec une plante aux baies jaunes.

Un framboisier.

Le framboisier, c’est une belle histoire d’amour qui remonte à la Bretagne et dont j’en parle un peu dans cette histoire d’enfance. Mes grands-parents avaient des framboisiers que je ne cessais de vider de leur peu de fruits (ils n’étaient pas très généreux comme arbustes). Le framboisier, c’est donc un marqueur de ma jeune vie.

Aussi, quand je me retrouve face au pot, je n’hésite pas très longtemps, poussé au cœur par le petit Pierra.

Framboise jaune Je ne suis pas très plantes et assimilés, au fait. C’est pas que j’ai pas la main verte ou quoi, c’est plutôt que j’ai peu confiance en ma capacité à m’investir et je ne souhaite pas laisser mourir ces êtres vivants à cause de ça. Pourtant, j’embarque mon fruitier avec un pas sautillant et je saute sur ChatGPT pour en apprendre davantage sur comment bien m’en occuper.

Bon, les perspectives ne sont pas belles car je suis en Normandie et que notre appartement a une faible exposition au soleil. Je n’ai donc qu’un faible espoir pour l’avenir de mon framboisier.

Je l’arrose, je le nourris comme il faut et j’admire peu à peu de magnifiques fleurs s’ouvrirent pour me donner mes premières baies. Une joie d’enfant se fait sentir, plus que d’adulte.

L’été arrive, nous partons au Pays basque, notre voisin s’en occupe et mon framboisier est en pleine forme!

 

 

Début de feuille d'un framboisier Vient alors l’hiver, les feuilles se laissent tomber et moi, j’ai de plus en plus de mal à m’en occuper, de ce pauvre arbre fruitier. J’ai peur que le gel l’emporte tandis que je n’ai pas la capacité de le porter. Il finit dans le couloir à l’abri du froid, puis sur le palier pour profiter un peu de la lumière. Je n’y croyais plus trop, à dire vrai.

Au fond de moi, j’étais dévasté mais je n’arrivais pas à faire grand-chose pour ce fragment ensoleillé. Nous étions en Décembre 2023, j’étais en arrêt, épuisé dans mon ensemble et je me sentais impuissant en dépit des choses que j’aurais pu faire différemment.

Et pourtant, en Février 2024, alors que je reprenais peu à peu le travail, mon jeune framboisier s’est installé comme reflet de ma santé.

Une toute petite feuille, un nouveau départ. Plein de nouveaux départs, en réalité! Cette feuille prenait place à l’endroit où la vie s’était arrêtée mais dans le pot, tout un tas d’autres espoirs se prenaient l’envie de naître à leur tour.

 

 

La vie reprenait pour de bon après une année dans une profonde pénombre. C’est ce que j’ai ressenti en voyant ce nouveau bout de vie.

L’aube

La poésie va plus loin, la métaphore aussi.

Mon jeune framboisier aux baies jaunes a survécu grâce à l’aide de ma partenaire. Si je me suis certes occupé avec assiduité à nourrir ma plante, Birdy était là lorsque je ne le pouvais plus, là pour tailler les feuilles fatiguées, là pour le mettre à l’abri et pour se réjouir avec moi de ces nouveaux départs.

Il m’a fallu du temps, en réalité, pour admettre l’importance de sa participation dans tout cela. J’étais déçu de moi, de prime à bord, de ne pouvoir m’occuper seul de ce framboisier, de ne pas être à la hauteur des souvenirs de mon enfance et de finalement me laisser tomber moi-même, ou en tout cas de laisser les événements extérieurs prendre le dessus.

J’avais honte, d’une certaine manière, de me laisser déborder par mon existence et de ne pouvoir m’en sortir seul. Je ne voulais pas admettre que j’avais besoin de Birdy pour assurer ce que je ne pouvais faire moi-même.

En écrivant cet article, je garde toujours des réticences à le dire, pour être honnête. Quand l’on passe notre vie à vouloir régler nos problèmes seuls, à vouloir valoriser nos efforts individuels, il est inconfortable et non naturel d’admettre que nous sommes le fruit des autres aussi, que nous ne sommes pas seuls à apporter nos propres nutriments.

C’est aussi une conséquence de mon TDAH, d’une certaine façon, car les mots des autres, leurs actions, n’ont pas le même sens dans leur tête que dans la mienne, et inversement. Beaucoup de choses manquent de sens lorsque l’on porte se trouble, et plus de choses encore ne font sens seulement parce que nous le possédons.

D’ailleurs, c’est paradoxal d’être en difficulté devant l’aide d’autrui pour moi, car j’ai toujours valorisé les autres dans ma construction d’adulte à travers l’écriture. Cela fait longtemps que j’accepte de grandir dans cet art solitaire grâce aux autres, que je ne peux devenir l’écrivain que je souhaite sans accepter l’aide des autres.

De l’autre côté, je suis entouré d’une famille étendue plus qu’aimante. J’ai grandi dans cet amour à travers les ruptures, les décès, les incompréhensions, les amitiés perdues et les difficultés.

Alors pourquoi ce qui est une évidence pour quelque chose d’aussi intime que mon écriture ne l’est pas pour quelque chose de plus vaste que cela?

Je suis toujours autant protecteur de ma solitude, d’une certaine façon, je continue de mettre les autres à l’écart de ce qui me touche plus profondément, à l’écart de mes efforts, de mon avenir. L’écriture, c’est une fantasy derrière laquelle il est aisé de disparaître. Je suis l’auteur de personnages en qui se cache mon âme mais ces personnages prennent leur liberté sans jamais pouvoir réellement m’être liés sans ambiguïté.

Mon identité fragile d’humain, elle, est totalement à nue, sans défense, évidente, transparente.

Voilà pourquoi il est si dur pour moi d’accepter la main tendue qui me tira du lit en hiver, d’accepter que mon framboisier retrouve des fruits non pas seulement grâce à mes efforts mais aussi grâce à l’amour dont j’ai bénéficié tout ce temps et qui préserve cette petite présence d’enfant qui ne demande qu’à rire à nouveau.

Rions ensemble.

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Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.

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