Life is Strange 1 – J’ai besoin d’en parler
Illustration de Max Caulfield devant son mur de polaroids

Life is Strange 1 – J’ai besoin d’en parler

Dans Life is Strange, nous sommes Max Caulfield et nous enquêtons sur notre pouvoir paranormal face à la cruauté humaine… et au deuil du gamer.

Cette sensation…

Je viens de terminer ce jeu et comme n’importe qui après une bonne histoire, je me sens… Vide.

Tu connais cette sensation, n’est-ce pas?

Celle qui te prend le cœur lorsque tu fais face à la quatrième de couverture une fois le bouquin fini, la même quand tes yeux se perdent dans les crédits défilant sur l’écran noir à la fin de la série?

Cette sensation qui te hante lorsque tu rentres d’un merveilleux voyage?

Tu la connais, non?

Moi oui et je ne sais toujours pas comment la gérer, même après toutes ces années à en terminer, de merveilleux voyages. Parlons-en donc, de ce deuil de gamer, et j’en profiterai pour te dire deux / trois mots sur les raisons qui rendent Life is Strange si intense.

Place à la mélodie.

C’est quoi, Life is Strange?

Cinq ans après avoir quitté la ville où elle a grandi, Maxine Caulfield y revient poursuivre ses études en photographie. Un matin en plein cours, elle se réveille d’un rêve effrayant: la ville d’Arcadia Bay s’apprête à disparaître dans une tornade dévastatrice. À la suite de cet événement qui la tourmente quelque peu, elle décide de se rafraichir aux toilettes. C’est là qu’elle est témoin du meurtre d’une fille et alors qu’elle tente de la sauver…

Elle remonte le temps et se réveille à nouveau dans sa classe.

Vite. Elle doit la retrouver.

Sorti en 2015 sous la forme de 5 chapitres, Life is Strange nous met donc dans la peau de Max et nous amène à enquêter sur son pouvoir paranormal tout en faisant face à la cruauté humaine: bullying, drogues, mort… Et en cela, c’est un jeu très réel, authentique. Il nous montre le monde tel qu’il est, avec ses beautés et ses horreurs, sans nous juger.

Pas de spoiler par ici…

Life is Strange, c’est le parfait exemple de gameplay au service de l’histoire. Les mécanismes du jeu, au lieu de seulement apporter à l’expérience du gamer, sont nécessaires pour le déroulement de l’histoire et le développement des personnages.

Il s’agit certes d’un jeu dans lequel tu fais des choix et ces choix ont des conséquences sur la suite, il reste très différent d’un Heavy Rain ou Beyond: Two Souls (qui sont mes préférés dans le genre). Oui, c’est plus interactif et contemplatif que dans l’action et la réaction mais ce n’est pas ça l’élément qui change tout.

Tu dois changer tes choix pour avancer. Tu dois remonter le temps pour accomplir certaines choses car c’est grâce aux informations que tu acquiers que tu peux réellement changer le cours des choses. Le futur impacte en cela le présent.

Tu n’as pas cela dans les autres jeux. Tu l’as toi en tant que gamer mais pas en tant que protagoniste. Bien sûr que c’est en avançant dans le jeu que tu te rends compte de ce que tu aurais dû faire différemment mais là, c’est en avançant dans le jeu et en débloquant ceci ou cela que tu peux ensuite revenir et prendre de nouvelles et parfois meilleures décisions.

C’est anodin et pourtant tellement révélateur de la nature de LiS: tes actions ont des conséquences et grâce à tes pouvoirs, tu gardes le contrôle de ton destin…

C’est aussi ça qui le rend horrible et fascinant à la fois.

Lors des décisions majeures que tu as à prendre, jamais tu ne sais clairement si c’est la “bonne” ou la “mauvaise”. Pour chaque décision, Max a ses propres pensées mais celles-ci ne te permettent pas de comprendre la nature de ton choix, notamment car tu ne peux prédire le résultat de tes choix et que les changer ne te donne pas toujours les réponses que tu cherches. En plus de cela, tu ne peux pas toujours remonter le temps car parfois… Il est trop tard.

Malgré tout, l’aspect paranormal n’est pas au centre du scénario, bien au contraire. Ce n’est qu’un outil qui aide dans les relations que Max entretient avec le reste d’Arcadia Bay, particulièrement avec les personnes de l’université de Blackwell et sa meilleure amie Chloé.

Nous suivons donc l’évolution de tout le monde au fil de nos choix et de nos interactions qui n’ont pas toujours un impact positif, que ce soit à court terme ou plus long terme. C’est d’ailleurs grâce à ces relations que nous avançons dans l’enquête au cœur du jeu: qu’est-il advenu de l’autre meilleure amie de Chloé, Rachel Amber, portée disparue?

C’est donc en cela aussi que le jeu est organique: il est aisé de nous projeter dans la tête et la vie de Max à mesure qu’elle grandit au contact des autres. Elle ne sera pas la même à la fin de l’histoire et nous sommes à l’origine du changement.

Tous les changements…

…mais des spoilers par là

J’insiste, nous allons parler spoiler ici! Sors de là si tu ne veux pas te gâcher l’histoire.

Tout au long de l’aventure, tu dois donc faire des choix ayant plus ou moins une importance pour un plus ou moins long terme.

L’un des ensembles de choix les plus marquants tourne autour de ta camarade de classe, Kate, cible préférée des bullies, droguée et abusée au point de vouloir s’ôter la vie. Chacun de tes choix jusqu’aux choix de tes mots alors qu’elle fera face au vide auront le pouvoir de vie ou de mort sur elle. Et ce n’est que le Chapitre 2…

Pourtant, si je te parle aujourd’hui ce n’est pas pour le pouvoir que tu as sur la vie de telle ou telle personne que tu rencontres: c’est pour ton impuissance à sauver la seule personne qui compte pour toi: ta meilleure amie Chloé. Le dernier choix que tu auras à faire est terriblement horrible…

“Sacrifier Chloé ou Sacrifier Arcadia Bay”.

Tu te rends compte alors que tout ce que tu as accompli jusqu’alors, tout ce qui t’amenait jusqu’à ce moment précis se réduit à un choix impossible te laissant une question au goût amer:

Quel était l’intérêt de tout cela si je ne peux finalement pas changer les choses?

Alors, tu essaies de sauver Chloé et ainsi tu laisses cette tornade apocalyptique détruire la ville. Tu t’enfuis avec ta meilleure amie mais tu n’es plus qu’un Ange de la Mort ayant succombé à l’égoïsme sous couvert d’héroïsme. Tu le sais, au fond de toi, que ce choix n’était pas le bon.

Tu n’as donc pas d’autre alternative… Sacrifier ta meilleure amie alors que tu l’as si souvent sauvée grâce à tes pouvoirs. C’est pourtant en lui sauvant la vie dès le début que tu as provoqué cette catastrophe mais aussi toutes les autres morts sur ton passage que tu auras essayé d’éviter. À contrecœur, tu changes ta décision et tu écoutes ta meilleure amie tomber à genoux sur le carrelage des toilettes, une balle dans la poitrine sans ne plus jamais pouvoir revenir sur ta décision. Tu sais que c’est la bonne en dépit de l’émotion qui te serre le cœur, c’est la seule qui amène les habitants d’Arcadia Bay vers leur destin, qui dénoue naturellement tous les noeuds sans ton intervention… Et qui te permet d’avancer.

En essuyant tes yeux humides, tu rends tes derniers hommages à ton amie et tu comprends ce que tu fais là: toute cette aventure n’était pas pour la sauver mais était au contraire pour partager un dernier bout de vie avec elle.

C’est ce paradoxe qui donne sa beauté à Life is Strange. Toute l’aventure, tu fais de ton mieux pour faire les bons choix, pour sauver tout le monde, pour aider les personnes qui t’entourent mais il n’y a qu’un seul choix qui compte réellement et c’est un non-choix qui sera le seul permettant de résoudre tous les problèmes que tu as rencontrés, naturellement. Tu pourrais penser qu’en annulant ta décision première l’aventure n’a plus d’intérêt mais c’est en réalité parce que tu as sauvé ton amie au début que l’histoire a du sens.

Grâce à cela, Max grandit et apprend qui elle aux côtés de son amie d’enfance tout en exauçant le voeu de cette dernière de se sacrifier pour les habitants d’Arcadia Bay et ainsi donner un sens à sa vie. Chloé n’aurait pas dû survivre ce jour-là et même Max ne peut rien y changer.

Grâce à cette première et dernière décision, elle aura eu la chance de dire au revoir à sa meilleure amie mais maintenant…

Elle doit avancer.

End of spoilers…

Fin.

Je suis tombé amoureux de ce jeu mais je ne sais pas trop pourquoi.

Le jeu n’était pas le plus beau de sa génération et il est d’autant plus daté à présent mais il m’a justement inspiré cette nostalgie dans ses textures, ses environnements. J’ai appris à jouer avant d’apprendre à lire (très dur donc de jouer à Skies of Arcadia sur Dreamcast (comment ça j’exagère?)) et j’ai grandi avec les jeux et les évolutions technologiques. Ça fait toujours un choc de revenir vers des jeux aussi “vieux” et pourtant, dans le cas de LiS, ça a beaucoup aidé dans la création de mon lien émotionnel avec lui.

L’univers musical et photographique joue également un rôle essentiel dans ma relation, sans parler de la façon qu’il a de se joue de toi en te forçant à prendre des décisions que tu refuses de prendre mais que tu ne peux éviter et d’en subir les conséquences… Une fois encore, c’est une représentation de la vie dans sa plus simple essence.

Mais voilà…

J’ai fini Life is Strange premier du nom et il n’y a pas de suite parce que l’histoire est terminée.

Max Caulfield l’exprime mieux que moi:

I wish I could stay in this moment forever…
I guess I actually can now, but then it wouldn’t be a moment…

(J’aimerais vivre ce moment pour toujours… / J’imagine que j’en suis capable à présent, mais alors, ce ne serait plus un moment…)

Un merveilleux voyage se termine, une fois de plus.

Je dois donc avancer.

Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.
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