Playing Around | Amis d’enfance – Une envie de voir un film
Sommaire Time!
Un banc face à un lac

Amis d’enfance – Une envie de voir un film

En Hebenelia, ce monde créé par nos rêves, deux amis d’enfance qui ont bien failli être séparés profitent du beau temps pour passer un moment privilégié l’un avec l’autre.

L’Académie de La Grande Plaine

  • Eh, eh, Aaren! Ca te dit d’aller voir un film aujourd’hui?

Aaren, perdu dans ses pensées tandis qu’ils marchaient côte à côte pour aller à l’Académie, en fut extirpé au son de son prénom.

La coupable était son amie d’enfance, Shoreline, bien trop enjouée de si bon matin.

Ils avaient grandi ensemble, sur Terre et, par la force des choses, s’étaient retrouvés ici ensemble également, ce qui était plutôt rare.

  • Aaaaaareneuuh, renchérit-elle en prenant son bras entre les siens, alors qu’il ne répondait pas, de retour dans ses pensées.
  • Hum?
  • Ca te dit d’aller voir un film aujourd’hui?

Il hésita. Au-dessus de sa tête, le ciel d’été était une peinture sans bavure et le soleil dispensait ses filets d’or de la rue à la plaine. Il n’avait pas envie de s’enfermer. Cela dit, il avait bien envie d’aller voir un film.

  • Bonne idée! Mais plutôt au parc. Profitons du beau temps!
  • C’est d’accord! On se voit après les cours?

Sans attendre de réponse, elle fila comme une flèche rejoindre son groupe d’amies qui marchait plus loin, non sans lui déposer un baiser furtif sur la joue en partant. Elle était adorable. Il ne put s’empêcher de sourire.

Il sourit cependant moins quand il vit que parmi ce groupe, il n’y avait pas que des amies, il y avait aussi un garçon qui venait de glisser un bras autour de son épaule avant de le retirer. Un glaçon coula dans son ventre et il n’eut aucune idée de sa provenance.

C’était son amie d’enfance. Était-ce de la jalousie…? Tout deux avaient déjà eu des aventures et même plus… Pas depuis qu’ils étaient arrivés dans ce monde.

Les cours furent sans encombre à ceci près qu’il avait encore réussi à brûler sa plante en tentant pourtant de la guérir.

L’Académie de La Grande Plaine était le lieu d’apprentissage pour tous les Gardiens présentant des facultés de guérison. Ils étaient les seuls à ne pas étudier à Aube-Crépusculaire alors que tout le monde y était, des mages aux guerriers.

Une chance de plus, Shoreline et lui-même avait un pouvoir de la même famille et s’étaient donc retrouvés à leur arrivée, il y avait de cela quelques mois.

Comme à leur habitude, ils s’attendirent à la fin des cours et, comme très souvent également, elle l’attendait sur un banc non loin un bouquin dans les mains. Il avait toujours tendance à traîner pour poser des questions à ses professeurs, d’autant plus après son échec du jour.

D’humeur taquine, il se faufila derrière elle en sortant alors qu’elle était omnibulée par son monde de papier. Elle était déjà comme ça à la maison et il trouvait ça adorable que ce soit toujours le cas d’un monde à l’autre.

Sans un bruit, il se glissa derrière et cacha de ses mains les yeux de son amie.

  • Aaren, tu es un hippopotame, soupira–t-elle, blasée, tout en tournant une page de plus à son livre alors même qu’elle ne voyait rien.

Piqué au vif, il lui ébouriffa les cheveux avec la violence d’un chaton.

  • Tu as fini? Alors en route, jeune fougueux!

Le banc près de l’eau

Le parc se situait non loin de l’Académie et était donc le lieu privilégié des étudiants après leur journée.

Ici, en Hebenelia, les portables n’existaient pas. Les ordinateurs et toutes les technologies connues sur Terre n’existaient pas. Il n’avait pas encore tout compris du pourquoi, ce qu’il avait retenu était l’absence de composants essentiels à leur création et les interférences provoquées par le Fluide, cette énergie qui coulait dans ce monde et dans tout être vivant ou non. Hebenelia n’était pourtant pas dépourvu de technologie, surtout depuis l’Éclatement.

  • Je vois un spot parfait pour nous deux! déclara Aaren en prenant son amie par le bras et en pointant du doigt son objectif.

Au loin se découpait un banc sur l’horizon, bordant le lac et protégé par la douce ombre d’un arbre fruitier. 

Ils s’installèrent tous les deux sur le banc et Aaren sortit ce qu’il avait emprunté à la bibliothèque de l’Académie.

Un écran de la taille de celui d’un ordinateur portable, à travers lequel se dessinait leurs jambes et l’herbe sous leurs pieds. Il l’alluma et l’image apparût alors, nette et opaque.

  • Les films de chez nous me manquent…se lamenta Shoreline. Un petit Harry Potter ferait pas de mal. Ou un Disney. Même un Hitchcock pourvu que ce soit de la maison!
  • Comme je te comprends… M’enfin, Hebenelia a son lot de bons films! Sans compter qu’ici, les règles sont très différentes de chez nous, les possibilités bien plus grandes. Tu as vu ce que les gens peuvent faire avec leurs deux mains? Les paysages? se réjouit-il, quelque peu des étoiles dans les yeux.
  • Ouais génial, nous on fait ça avec des effets spéciaux, quelle différence? Dompter des dragons, lancer du feu, ça se fait très bien!
  • Seulement pour les films ayant le budget suffisant, rabat-joie, rétorqua-t-il en la bousculant de son épaule. Ici, il suffit de trouver le bon acteur avec le bon pouvoir, même des Gard…
  • “Même des Gardiens”. J’adore. Tu passes les épreuves souvent à tes 17 ans, tu t’entraînes dur pour être prêt à protéger les mondes pour enfin décider d’être acteur? se défendit-elle avec sarcasme.
  • Je te rappelle que nous ne finissons pas tous protecteurs. Les Gardiens, ça englobent ceux qui font leur service et continuent ensuite, ainsi que ceux qui font leur vie normalement. Comme chez nous, quoi! Enfin, selon le pays. Bon, le plus fou, c’est que l’on a une énorme population d’elfes et pourtant, très peu de films avec eux. Sur Terre c’est l’inverse! 
  • Peut-être mais…
  • Je ne veux plus t’entendre, jeune fille! coupa Aaren en mettant sa main sur sa bouche. Je t’ai déniché quelque chose qui devrait te satisfaire.
  • Oh?

Elle aimait les super-héros? Il avait déniché ce qui lui fallait. Ca s’appelait “Les Protecteurs” et il était facile d’attendre d’un tel nom des marteaux de foudre et des gros bonhommes verts. En réalité, il n’avait aucune idée de ce que valait cette chose et il en avait un peu peur… Il le lança avec appréhension.

  •  “Les Protecteurs”? Vraiment? ricana son amie lorsque le titre apparût. Pourquoi pas “Les Vengeurs”! Si tu me dis qu’il y a en plusi… Oh très bien. Un marteau de foudre et des bonhommes verts. Aaren! éclata-t-elle enfin de rire.

Coup dur pour Hulk. Oui, un bonhomme vert. Frêle, avec une tête d’ampoule, littéralement.

  • Je n’avais pas prévu ça, souffla-t-il entre deux rires. Bon attends, j’en ai un autre…

Vraisemblablement, les versions “remasterisés” des films Terriens étaient une mauvaise idée. Plus jamais ne ferait-il confiance à Erik, son voisin de classe, à ce sujet. Jamais. Neeeever. Par contre, Gin était généralement fiable. Il tira donc sa deuxième carte, un film romantique. Avec des super pouvoirs.

Rien de ridicule au départ, ouf, aussi s’installèrent-ils confortablement, la tablette entre eux.

Autour, tout était calme si ce n’était pour les oiseaux sifflotant tranquillement et le clapotis de l’eau à mesure que les poissons se baladaient ou que les arbres y perdaient branches et feuilles. Le son du film se baladait par le Fluide jusqu’à eux, aussi ne dérangeait-il pas cet environnement paisible. Néanmoins, au bout d’une trentaine de minutes assis sur le banc la tête penchée, l’inconfort n’était plus supportable Il suggéra alors de s’installer dans l’herbe, contre l’arbre, ce qu’ils firent. Par la force des habitudes, elle posa sa tête sur son épaule tandis qu’il avait l’écran sur ses jambes repliées.

Elle sent bon… se surprit-il malgré oui. A quoi penses-tu donc?!

Eaux troubles

Depuis qu’ils étaient arrivés, ils s’étaient rapprochés à vitesse grand V. Ils avaient toujours été très proches, très complice et là l’un pour l’autre. Une histoire de fille les avait séparés fut un temps, puis de garçon, puis les deux. Pourtant, ils retrouvaient toujours le chemin l’un vers l’autre. Ils étaient comme deux aimants qui n’étaient pas bien sans l’autre, comme tous les meilleurs amis.

Quelques mois auparavant, ils avaient eu leur Songe. Ils n’en avaient pas parlé, au début. Chacun avait eu le sien de son côté et, de peur de passer pour une folle et un fou, l’avait gardé secret. Eh puis, à quoi bon, avaient-ils pensé, puisque le Gardien du Songe avait insisté sur le principe de disparition: en venant, leur famille, leurs amis, perdraient tout souvenir d’eux…

Alors, jusqu’à ce que les Gardiens du Passage n’arrivent, ils n’avaient rien dit.

Chacun avait fait son Épreuve. Puis ils…

  • Aaren, tu t’es encore endormi les yeux ouverts!
  • Hein quoi? Non non! J’étais ailleurs, voilà tout, se réveilla-t-il du fil de ses pensées.
  • Tu dormais.
  • Non je…

Il tenta de se justifier puis se ravisa. Autant lui dire ce qu’il avait dans la tête:

  • Tu trouves pas que… chercha-t-il ses mots.
  • Que quoi? pressa-t-elle en se posant sur son coude pour le regarder, ses longs cheveux blonds comme un rideau de lumière entre eux et le reste du monde. J’avais jamais fait attention, sous cet angle, tu as un double menton.
  • Quelle vilaine! s’offusqua-t-il sans manquer de se redresser contre l’arbre. Il posa l’écran dans l’herbe et se tourna légèrement vers son amie, les yeux dans le vague.
  • Donc?
  • Donc… Tu trouves pas que notre relation est différente depuis que nous sommes arrivés ici?

Son cœur battait. Fort. Trop fort? Il avait regardé son amie et ses yeux s’étaient agrandis. Il eut peur du pourquoi. Était-ce par surprise ou parce que son cœur était tout aussi bruyant?

  • Comme si… reprit-il. Comme si nous étions plus proches qu’avant?

Elle ne répondit pas et fit mine de réfléchir.

Elle se rappela le bonheur qui l’avait envahie après des jours bien moroses. Au réveil de son Songe, sa première pensée avait été pour son lui. Qui l’oublierait, qu’elle ne reverrait plus.

Elle avait passé cette fichue épreuve pour tester son supposé pouvoir, chaque pas dans cet autre monde l’éloignant un peu plus d’Aaren, son coeur lourd comme il ne l’avait jamais été.

La découverte de sa nouvelle terre d’accueil n’avait pas la saveur qu’elle aurait dû avoir. Elle avait franchi le seuil entre Aube-Crépusculaire et l’Académie de la Grande Plaine comme une frontière entre son ancienne vie et la nouvelle.

Et sans crier gare, ses deux mondes s’étaient entre-choqués au simple son d’un “Shoreline?!” aussi surpris qu’heureux.
Oui. Leur relation avait pris un tout autre sens, depuis ce jour. Elle, elle le savait. Lui, un peu moins.

Alors avait-elle fait tout son possible pour le faire bouger. En étant affectueuse, gentille, naturelle… Voire même parfois un peu sournoise comme en se laissant câliner par le garçon de sa bande qui n’avait de toute façon aucun intérêt pour les filles…

Cela, elle l’avait regretté ce matin, quand du coin de l’œil elle avait vu son cher ami perdre son sourire. Quelle imbécile pouvait donc agir ainsi?!

  • Je… commença-t-elle, maladroite.
  • Non, oublie ma question, se ravisa-t-il.

Dis-lui! cria une voix dans leur tête 

C’était le film. La tablette était certes dans l’herbe, le film n’était pas en pause, ce qu’Aaren s’empressa de corriger non sans rougir avant de regarder dans le vague à nouveau.

  • Aaren…? dit-elle d’une voix hésitante.
Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre le monde digital et le monde fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.
Commentaires
Un bug dans la matrice... Peux-tu retenter?
Confirmation envoyée! Peux-tu vérifier tes spams?:)

Evasion-letter

Tu veux t'évader?

Reçois des histoires directement dans ta boîte aux e-lettres!