Artéfacts Interdits
Une vieille boîte usée et poussiéreuse

Artéfacts Interdits

Sous le soleil d’Hebenelia, la jeune Isterly s’entraîne à utiliser ses pouvoirs jusqu’à faire une découverte perturbante pour sa famille.

Récit publié à l’occasion du concours 72h 2021 de Short Editions

Sous le Williva

Puisque le soleil était radieux et juste ce qu’il fallait de chaleureux, Isterly avait décidé d’entraîner ses nouveaux pouvoirs dans le jardin derrière la maison, profitant de son repos loin des cours à l’Académie.

Ce fut quelque temps auparavant, précisément à ses 23 ans, que ses pouvoirs révélèrent leur potentiel et, sans grande surprise ni pour elle ni pour son père Iskiraldi, ceux-ci étaient liés à la nature. Son endroit favori pour se connecter au mieux à ses pouvoirs était le jardin juste derrière sa maison: il était fleuri, coloré et protégé par un Williva Nocturne, un arbre au tronc sombre et massif qui protégeait une large partie du jardin grâce à son feuillage de nuit. De plus, elle avait d’ici une vue d’exception sur l’Île du Crâne qui flottait insolemment de l’autre côté du couloir aérien.

Cependant, alors qu’elle faisait les exercices d’usage pour exploiter ses pouvoirs, elle ressentit une énergie étrangère à ce qu’elle avait déjà perçu dans sa petite bulle végétale. Curieuse, elle dirigea ses mains à divers endroits du jardin pour en identifier l’origine. Elle arriva à un coin de terre derrière son arbre fétiche qui semblait pourtant exactement comme celui des environs. Elle se concentra pour creuser un trou là où l’intensité de cette énergie était la plus haute.

Plus elle déplaçait la terre et les feuilles mortes, plus elle sentait une résistance au contact de ce qu’elle cherchait.

La tâche était particulièrement ardue, en témoignait les lourdes gouttes sur ses tempes tandis qu’elle laissait circuler cette sensation d’écorce de son sang à mesure qu’elle pliait le sol à ses désirs… jusqu’à ce qu’elle n’entende un bruit sourd.

Excitée par l’inconnu de cette situation, elle reprit à peine son souffle avant de se ruer dans le trou pour extirper une boîte de la largeur de ses épaules faite dans un bois qui n’était pas sans rappeler celui du Williva. Il n’y avait pas de serrure et pourtant, elle ne parvint pas à en soulever le couvercle.

  • C’est bien ma veine, ça! ragea-t-elle de frustration.

Quoique déçue, elle ne perdit pas de temps et se rua vers la maison pour montrer sa découverte à son père.

  • Papa! débarqua-t-elle dans la cuisine non sans répandre de la terre sur toutes les planches, regarde ce que j’ai trouvé dans le jardin!

L’intéressé leva le regard de la figurine de bois qu’il taillait. Son couteau de sculpture disparut dans un discret nuage lumineux alors que sa concentration s’orientait vers sa fille.

  • Je n’arrive pas l’ouvrir alors qu’il n’y a pas de verrou! pressa-t-elle davantage.
  • Mais qu’est-ce que tu racontes?

Il prit la boîte que lui tendait Isterly d’une moue sceptique.

Elle vit son père faire une grimace entre l’étonnement et l’incompréhension sans qu’elle ne puisse comprendre la raison et quand il entreprit de l’ouvrir, le coffret n’opposa aucune résistance.

  • Comment tu as fait?!

Il ne répondit pas.

Au lieu de cela, il la posa sur la table mais quelque chose dans son regard, dans sa gestuelle, inquiéta Isterly.

  • Papa…?

Aucune réponse.

Iskiraldi fixait le contenu de la boîte d’un regard humide et sa bouche tremblait ce qui l’angoissa d’autant plus. Elle passa une main sur son épaule tout en zieutant l’origine de son émoi.

Dans le coffret s’entassait une variété d’objets totalement inconnus qui semblaient venus d’un autre monde. Son père les sortit un à un et lorsqu’un pavé fin avec une vitre noire fit son apparition, Isterly poussa un cri de surprise en reconnaissant l’objet comme étant un “téléphone”:

  • Mais Papa, ce sont des objets de la Terre!! Comment on peut avoir ça dans le jardin, c’est totalement interdit par la loi!! Qu’est-ce que l’on fait?!
  • Ma chérie… commença-t-il d’une voix craquelée, ces objets appartiennent à ma sœur, Leyirita.

La jeune femme porta la main à sa bouche avant d’enlacer son père de plus belle. Sa tante Leyirita était emprisonnée sur Terre depuis bien avant sa naissance.

Tous les enfants connaissaient l’événement de la Torniraka qui sépara leur monde, Hebenelia, de l’autre monde, la Terre. Cette déchirure faisait suite à une guerre particulièrement ravageuse entre leurs mondes et celui du Chaos. Pour les protéger eux, les Neliants, les habitants d’Hebenelia, il fut décidé de rompre la connexion entre les deux mondes, brisant nombre de familles dans la foulée, dont la leur.

Alors que les deux continuaient d’explorer le contenu du coffret, un objet en particulier irradiait d’énergie, plus que tout le reste.

Iskiraldi le prit entre ses doigts, de chaudes larmes sur ses joues.

C’était un petit rectangle blanc d’une paume de haut et avec une vitre similaire au “téléphone”, quoique celle-ci tirait plutôt vers le vert. Le haut du rectangle arborait un symbole en spiral suivi du mot “Dreamcast”.

Échos d’un autre monde

  • C’est un VMS, expliqua-t-il ému, un objet qui te permettait d’enregistrer ton avancement dans les jeux-vidéos d’un certain appareil appelé “Dreamcast”.
  • Woooooh! Mais… ça fait pas partie du tatouage que tu as sur l’épaule?!
  • Ouaip…
  • Et je parie que tante Leyirita l’a aussi…?
  • Ouaip…

Elle le tendit à son père mais lorsque ses doigts entrèrent en contact avec l’objet, celui-ci scintilla, s’éleva et se mit à flotter et se déplacer comme s’il était pris dans un courant d’air.

Abasourdis, les deux échangèrent un regard avant de partir à la poursuite de l’objet qui les dirigea vers le grenier, la seule pièce de la maison qui ne pouvait être déverrouillée.

Père et fille se retrouvèrent devant cette trappe de bois que ni l’une ni l’autre n’avait réussi à ouvrir. Elle était magiquement verrouillée par Leyirita elle-même, rendant la pièce en haut de l’échelle impénétrable.

Pourtant, lorsque les deux arrivèrent et qu’Iskiraldi tenta une énième fois de faire glisser la planche de bois, celle-ci ne montra aucune résistance. Lentement, il s’engouffra dans le grenier en toussant sous la poussière, suivi de sa fille. L’endroit sentait en effet la poussière et le bois sec, le papier et un semblant de fleur d’oranger, quoique seul Iskiraldi reconnaissait l’odeur. Il invoqua un petit orbe lumineux pour mieux explorer les combles.

Le VMS continua son envolée jusqu’à flotter au-dessus d’un bureau en bois de Williva sur lequel trônait un miroir au reflet quasi inexistant.

Il le prit entre ses mains ce qui lui rendit instantanément son éclat…

… avant de redevenir sans teint.

La cartouche au-dessus manqua tomber sur le bureau mais Isterly l’attrapa au vol.

  • J’y comprends rien, Papa, dit-elle en lui tendant l’objet.

Il retenta la manœuvre avec le VMS dans la main mais le miroir semblait seulement grésiller.

Isterly n’osa pas faire remarquer à son père la nature illégale de leur exploration ; elle ne considérait pas que le moment était opportun en dépit de l’emprisonnement que cela provoquerait. À la place, elle farfouilla le grenier en quête de réponses. Elle déplaça des boulmutes de poussière, tomba sur des carnets éparpillés jusqu’à trouver une petite boussole qui ne cessait de tourner.

Elle revint vers son père pour lui en faire part et lorsqu’elle arriva, le miroir scintilla à nouveau.

Une idée germa dans l’esprit de la jeune femme:

  • Papa, je crois que le miroir réagit aux objets terriens! Je vais chercher la boîte!
  • Bonne idée! répliqua-t-elle avec enthousiasme.

Les deux redescendirent en hâte mais avant d’attraper le coffret trouvé dans le jardin, Iskiraldi emmena sa fille dans la cave.

  • Tu l’as deviné, je suppose, ce que nous faisons risque de nous coûter cher mais je suis prêt à prendre le risque. Si ce miroir est ce que je crois qu’il est, je suis prêt à tout.
  • Ce que tu crois qu’il est…?
  • Un artéfact totalement déchargé qui permet de communiquer entre nos deux mondes. C’est un miracle qu’il n’ait pas été saisi. Ta canaille de tante n’a pas fait que verrouiller cette porte. Je m’étais étonné de ne jamais avoir eu de problèmes moi-même.
  • Comment ça, toi-même…?
  • Leyirata n’est pas la seule avec des objets terriens protégés dans cette baraque. Avec la Torniraka, je me suis dit que ce serait une bonne idée de braver les lois…
  • Hein?!
  • En tant qu’Ambassadrice Néliant, dévia-t-il, disons que ta tante avait quelques pouvoirs bien utiles qu’elle a mis à profit pour masquer les ondes de tous ces artéfacts.
  • Mais comment est-ce que l’on en arrive là si tous ces objets sont ici depuis le début? Pourquoi nous n’avons rien ressenti dans le jardin avant?
  • Contrairement à toi, je ne ressens pas les énergies circulant dans la terre ce qui me rend insensible aux ondes du coffret. À force de t’entraîner, tu as dû t’en rapprocher. Pour ce qui est de la suite, j’aime à penser que la connexion si particulière entre ma sœur et moi a fait le reste.

De derrière une étagère et une porte en fausse pierre, Iskiraldi extirpa de nouvelles boîtes, de nouvelles réserves d’objets totalement interdits. Après plusieurs aller-retour et en attrapant le coffret de la cuisine au passage, les deux remontèrent jusqu’au grenier à présent débordant d’objets plus étranges les uns que les autres aux yeux d’Isterly.

Elle regarda son père, posté devant le miroir, indécis. S’il s’était vite ressaisi lorsque le VMS s’était soulevé, il semblait à nouveau pris dans une tempête d’émotions. Sans mot dire, elle lui fit un bisou sur la joue avant de le tenir par le bras.

Il n’hésita pas plus longtemps avant de reprendre le miroir dans ses mains.

Une lumière aveuglante perça la pénombre relative du grenier et le verre du miroir devint nacré comme si un tourbillon d’argent s’y formait. Il agit ainsi durant plusieurs secondes avant de se stabiliser sur un visage familier.

Une larme coula sur la joue de son père alors qu’une voix vibrante sortait de l’objet:

  • Iskiraldi, c’est toi…?
Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.

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