Dame Amelia – Dualité fractale | Inachevée
Lame sur dégradé pourpre

Dame Amelia – Dualité fractale

Aujourd’hui guerrière mais hier quelqu’un d’autre, elle ne sait pas encore qui elle est mais elle sait ce qu’elle doit accomplir.

Dame Amelia?

Elle reprit connaissance lentement.

Où suis-je cette fois-ci…? pensa-t-elle avec lassitude.

Ses yeux ouverts, elle était dans la pénombre, la pièce faiblement éclairée par un filet de lumière à travers les rideaux opaques. Elle ne discernait qu’une étagère en bois sur laquelle une plante verte laissait tomber ses feuilles.

Elle tenta de se lever mais son corps était endolori et elle sentit des bandages entourer sa poitrine et son bras gauche.

Qu’est-ce qui s’est passé encore…?

Quelqu’un toqua à la porte:

  • Dame Amelia, puis-je entrer?

Amelia? Dame? Les informations venaient au fur et à mesure que son cerveau se réveillait lui aussi. Du coin de l’œil, elle vit une épée accrochée au mur. Pas n’importe quelle épée, remarqua-t-elle, mais une épée large, probablement pour deux mains, qu’un rayon de lumière faisait scintiller. La garde était sculptée d’ailes sombres au centre desquelles se trouvaient une pierre blanche brillante.

Un bien bel objet…

  • Dame Amelia? demanda à nouveau la voix
  • Entrez, je vous prie.

Sa voix sonna claire, mélodieuse et vigoureuse. Cette fois-ci, elle était une jeune femme et non une vieille sage comme la fois précédente.

Son visiteur pénétra la pénombre avec un parfum de lavande et d’autres plantes qu’elle ne reconnut pas. C’était une jeune fille d’environ 20 ans, très agréable à regarder avec sa chevelure dorée attachée en queue de cheval et sa silhouette gracile.

  • Comment vous sentez-vous aujourd’hui? demanda-t-elle calmement, tout en l’aidant à se redresser contre sa tête de lit pour lui déposer un plateau remplis de merveilles odorantes.

Elle les détailla avec curiosité. Il y avait devant elle des œufs, bonne nouvelle, et également des aliments qui s’apparentaient à des légumes, aux côtés d’une soupe qui sentait vaguement les champignons. Elle savoura le parfum un instant avant de porter son regard vers sa visiteuse.

  • Où suis-je…? Qui suis-je..? Qui êtes-vous..?

Son interlocutrice fit les yeux ronds mais ne se démonta pas davantage.

  • Vous êtes Dame Amelia, Chevalière Suprême, au Quartier Générale de l’Etoile Pourpre et je suis Aethwlyn, votre apprentie. Vous avez passé plusieurs semaines dans le coma, répondit-elle à sa question silencieuse, après avoir combattu le Prince Sternis.
  • Sternis…?
  • Il dirige l’armée de Tenem et a tenté d’envahir Solas. Vous nous avez une fois de plus sauvés.

Alors cette fois-ci, je serais la gentille, peut-être..? Serait-il ce Prince Sternis…?

Elle tenta de prendre ses couverts mais sa main gauche était douloureuse et raide.

Aethwlyn la regarda puis lui fit signe de la tendre. Elle lui retira alors le bandage qui colla légèrement à sa peau et qui lui arracha un grincement de douleur: sa main s’avérait être noircie, probablement une brûlure. En remontant son bras du regard, elle trouva ce qu’elle cherchait.

La Marque. Pour une fois, elle était facilement accessible.

Elle ferma les yeux, soupira et tenta de bouger les doigts.

  • Vous avez encaissé des dégâts importants et l’état de votre Fleur de Vie était alarmant. Heureusement, les Tisseurs ont su vous sauver.

Fleur de vie…? Tisseurs…? Elle était si las.

Devant son silence, Aethwlyn décida de prendre congé d’elle en lui indiquant qu’elle reviendrait plus tard lui appliquer de l’onguent.

Souvenirs

Tu es “Sternis” et je suis “Amelia”. Ennemis dans un nouveau monde, une fois de plus. Quand cela cessera-t-il donc…?

Elle mangea lentement et l’esprit vide, profitant de la brise et du soleil au travers de la fenêtre désormais ouverte. Elle découvrit des saveurs inconnues, des notes aromatiques surprenantes qu’elle apprécia. Une fois son plateau vidé, elle le déposa douloureusement sur la table de chevet où se trouvait un carnet de cuir vermillon lacé d’un ruban noir.

Elle passa les jambes en dehors du lit et réprima un gémissement. Son combat avec “Prince Sternis” avait dû être sans merci et elle se demanda s’il était dans un état similaire. Son réflexe fut de se diriger vers l’épée accrochée au mur. D’un monde à l’autre, il y avait toujours une relique, un objet qui lui permettait de découvrir certains fragments de sa vie et elle sentait que cette fois, ce serait elle.

Elle approcha lentement la main du manche bandé de cuir et elle sentit, sans même le toucher, une sensation de chaleur partir de ses doigts jusqu’à son épaule. Elle s’approcha davantage avant de l’attraper à pleine main.

Une onde de chaleur parcourut alors son corps tout entier et les images commencèrent à défiler derrière ses yeux.

Elle à genoux devant une vingtaine de personnes en armures avant de se relever pour prendre cette même épée entre ses mains. Les yeux de son mentor, un sourire fier sur le visage et son accueil d’une frappe amicale sur l’épaule. Elle sur le champ de bataille encerclée par une horde de créatures vertes et frêles avant qu’un éclair de feu ne vienne les carboniser. Son mentor dans ses bras, le sang ayant quitté son visage après s’être sacrifié pour elle. Elle qui chevauche sa wyvern aux côtés de ses frères et sœurs d’arme pour admirer le coucher de soleil. Elle a nouveau sur le champ de bataille face à un homme en armure écarlate soulignée de noir, leurs deux épées brillantes d’une aura sinistre et magique.

Les images continuèrent de défiler durant un temps incertain et lorsqu’elles cessèrent, elle était à terre, son épée à ses genoux. Le bruit avait semblait-il alerté Aethwlyn qui débarqua prestement pour l’aider à se relever.

  • Dame Amelia! Tout va bien?! s’inquiéta-t-elle
  • Je vais bien, Aethwlyn.

Avec ses souvenirs revinrent également ses responsabilités.

  • Convoque la Garde Pourpre et rassemble les survivants, ordonna-t-elle.
  • Mais vous êtes encore faib…
  • Nous ne partirons pas au combat, rassure-toi, apprentie.

Apaisée, elle partit accomplir les ordres de son mentor.

Retrouvailles

Elle sortit de sa chambre pour aller se rafraîchir. Celle-ci donnait sur un salon sobre où deux canapés sombres se faisaient face. Elle y vit les spectres de nombre de ses amis tombés au combat mais aussi nombre de moments joyeux passés à refaire le monde, notamment avec…

  • Amelia! se précipitèrent Kern et Brigit. Tu es debout!
  • Je vais mieux, dit-elle faiblement.

Elle tituba quelque peu mais refusa la main tendue de Brigit. Elle indiqua vouloir aller vers la salle d’eau ce qu’elle fit sous le regard inquiet de ses plus vieux compagnons d’arme.

Elle ferma la porte derrière elle et put découvrir les traits qu’elle arborait cette fois-ci.

Des yeux en amande, plus obscurs qu’une nuit sans lune. Ses cheveux de jais tendaient vers un pourpre profond à l’approche des pointes. Son visage était pâle si ce n’était pour une cicatrice rosée barrant son visage depuis ses cheveux en passant par son œil droit jusqu’à sa pommette gauche. Ses épaules carrés et ses bras sculptés attestés d’une décennie d’entraînements et de combats.

Elle fit couler une eau cristalline dans un bassin de bois avant de s’asperger le visage, sa main gauche toujours raide et douloureuse. Elle suivit du regard l’eau couler sur son visage et perler sur son bras où la Marque avait prit place.

Pour le moment, celle-ci était ridicule. Une simple tache d’encre pas plus grande que son pouce. Elle savait pourtant qu’au fil des jours ou peut-être des mois, des années, elle coulerait le long de sa peau pour former des symboles géométriques magnifiques qui annonçaient pourtant la mort. La mort, mais pas la sienne… Puis viendrait le moment où l’or prendrait la place de l’encre.

Et quelque part ailleurs dans ce monde, son nemesis avait une tâche inversée, où l’or était d’encre.

Au début de cette éternité à faire face à celui qui était aujourd’hui Sternis, ils avaient tous deux tentés d’éviter la mort de l’autre, qui sonnait la fin avant le prochain commencement. Ils n’étaient pas toujours ennemis si frontalement comme maintenant même s’ils devaient toujours s’affronter. Cependant, et elle soupira en y pensant, ils n’avaient pas le choix. Cette Marque n’était pas pour eux: ni pour elle, ni pour lui. Ils l’avaient appris très tôt mais trop tard.

Jamais ne laisserait-elle cette Marque s’achever de nouveau.

Elle s’essuya le visage avec un linge très doux avant de sortir retrouver ses compagnons.

  • Kern, Brigit, commença-t-elle solennellement en portant le poing à son cœur, je vous remercie d’être venus prendre de mes nouvelles. L’heure n’est pourtant pas au repos. Quelle est notre situation? Où sont les autres membres de la Garde?
  • Ton combat avec Prince Sternis a affaibli nos deux armées, salua Kern, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé lorsqu’il est lui aussi tombé mais nos éclaireurs rapportent que les campements ennemis sont toujours en place. Pour ce qui est de notre armée, nous avons essuyé d’importants dégâts et…

Il sembla hésiter, mal à l’aise.

  • L’escadron d’Arno fut décimée, Amelia, reprit Brigit avec calme mais tristesse. Elle n’a pas survécu.

Amelia accusa le coup et préféra s’asseoir sur l’un des canapés, suivie par ses ses compagnons. Avec ses souvenirs, les émotions associées étaient revenues et elle sentit son cœur alourdi d’un poids à peine supportable.  Elle devait rester digne. Elle soigna donc sa prestance comme son statut l’imposait.

  • Qu’en est-il de Masrak, Pensilvia et Estien? demanda-t-elle en maîtrisant sa voix.
  • Pensilvia est encore alité et Masrak est dans un état critique, reprit Brigit. Estien est porté disparu.

Elle ne s’inquiétait pas pour Estien. Il était passé maître dans l’art de se dissimuler et sa fourberie n’avait d’égal que sa ténacité. Il reviendrait. Que Masrak “Muraille-de-Diamant” soit proche de la mort était plus effrayant. Sans lui et son bataillon, leurs capacités de défense diminuaient de moitié.

Au cours des heures qui suivirent, elle demanda des détails sur l’état des troupes et sur les provisions restantes et ils réfléchirent ensemble à la stratégie à suivre avant leur prochaine bataille. Elle souhaitait attendre que les trois autres membres de la Garde Pourpre ne reviennent définir précisément le plan d’attaque; leurs expertises étaient primordiales.

Aethwlyn revint alors pour lui indiquer que tout le monde était arrivé. Elle prit donc congé de Kern et Brigit et pria son apprentie de l’aider à revêtir son armure. Elle devrait inspirer le courage et non la faiblesse car dehors, elle ferait face à des milliers de guerrières et guerriers, mages et autres soldats de Solas désemparés. Leurs sœurs et frères d’armes étaient tombés au combat mais ils ne devaient pas céder à la panique.

Elle détestait ce rôle. Elle aimerait pouvoir leur laisser le temps de se recueillir, de soigner les plais et les cœurs.  L’heure n’était pourtant pas au deuil. L’heure était au sang, pas aux larmes.

Destinée

  • C’est Dame Amelia! cria un homme.
  • Elle est vivante! s’extasia sa voisine.
  • Loués soient les Juges!

“Dame Amelia, Dame Amelia, Dame Amelia!” scandait la foule avec ferveur.

Elle venait de sortir de l’habitation où se trouvait les alités et était aux côtés de Brigit et Kern, son épée à la main. Il lui était toujours difficile de ne pas tituber mais son armure lui permettait de rester stable. Les Tisseurs n’avaient pu soigner toutes les blessures causées par Prince Sternis car la magie d’ombre de celui n’était pas pleinement dissipée.

Elle s’arrêta devant l’armée qui continuait de l’acclamer et scanna l’horizon, le cœur serré. Des semaines auparavant, nul n’aurait pu circuler entre les troupes. L’armée qui lui faisait à présent face était parsemée, affaiblie mais pourtant heureuse de la voir. Elle se devait d’éveiller en eux la flamme de la bravoure. Elle planta son épée dans le sol ce qui instaura le silence immédiatement.

  • Je vous remercie de vous être rassembler aujourd’hui en si peu de temps, commença-t-elle d’une voix amplifiée par la magie d’un des mages. Je sais que notre dernière bataille fut rude, que vous avez perdu vos sœurs et vos frères d’armes. Sachez qu’ils ne sont pas tombés en vain! L’énergie de leurs Fleurs de Vie coule en ce moment même en vous! Ne la sentez-vous pas, cette force, cette puissance? Ne sentez-vous pas cette rage de vaincre, cette volonté de mener à termes cette guerre?

Elle fit une pause pour laisser la tension gagner la foule. Personne ne remuait ni ne parlait.

  • Vous tous qui tenez debout aujourd’hui, vous êtes l’ultime rempart contre l’invasion de Tenem. Je sais que les pertes sont lourdes. Dame Arno n’a pas survécu et Maître Mazrak est dans un état sévère. Pourtant peuple de Solas, nous ne remporterions pas la bataille seulement avec eux. Nous remporterons la guerre ensemble. Sur le champ de bataille, il n’y a pas de rang, seulement des conquérants.

Elle retira son épée du sol et la tint et la leva devant elle

  • J’ai vu vos exploits de mes propres yeux. J’ai vu votre ardeur, votre résilience.

Elle laissa une fois de plus le silence s’installer.

  • D’ici 10 jours, habitants de Solas, nous mènerons notre dernier combat. Je vois dans vos yeux le courage et la force nécessaire pour mener à bien notre mission. Dans 10 jours, nous prendrons les armes et nous déciderons ensemble de l’avenir de notre monde!

Elle avait hurlé cette dernière phrase en levant son épée au-dessus de sa tête et fut rapidement rejoint par Kern et Brigit et un océan de guerrières et guerriers. Par la puissance de ses propres émotions, sa lame s’était embrasée de flammes pourpres ce qui fit redoubler les cris de son armée.

  • Préparez-vous, camarades, à vengez vos familles et amis! hurla-t-elle de plus belle. Préparez-vous à donner votre dernier souffle ou à retirer celui de nos ennemis! Que les Juges en décident!
  • Que les Juges en décident! cria l’armée d’une seule et même voix.

La Marque

  • Dame Amelia! déboula Aethlwyn alors qu’elle était à peine retournée dans le salon avec ses amis. Estien est arrivé! Il dit vouloir vous voir de toute urgence!

___

  • Du mouvement en approche
  • Amelia découvre que sa marque est déjà presque à échéance.
  • Les choses s’accélèrent.
Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.

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