Les Spectres du Manoir | Inachevée
Vieux manoir sous un temps orageux

Les Spectres du Manoir

20 ans après le meurtre de sa famille, un médecin-légiste saisit la meilleure opportunité qu’il a de découvrir la vérité, quitte à être le prochain sur la liste.

Soirée pyjama

  • Tu nous as choisi quoi pour ce soir, Asato?
  • Je te propose un film romantique, un policier ou un anime. Je ne te dis pas le nom et tu n’auras pas le droit de changer d’avis.
  • Quel vilain! Laisse-moi réfléchir… Il y a des popcorns pour combien de saladiers?
  • De quoi en faire au moins trois. Mais je peux facilement en faire d’autres.
  • Facilement, facilement, la dernière fois tu as fait un trou dans la casserole!
  • Je te signale que c’est ta faute.
  • Tu mens!
  • Qui est venue sous mon nez me faire des chatouilles et est ensuite partie se cacher?
  • Ah? Aucune idée. Un fantôme, peut-être. Eh puis bref. Trois saladiers. Et combien de litres de chocolat chaud?
  • Le chocolat chaud c’est pour les enfants comme toi. Je passe mon tour.
  • Je te signale que l’on a le même âge, vieux rabat-joie. Combien d’embrumes?
  • Suffisamment pour fumer toute la soirée.
  • Bien! Je te propose de regarder les trois, alors!
  • Gamine et indécise… Aouw! geignit-il alors que Valeria venait de le piquer avec un cure-dents. C’est pas fair-play, ça!
  • Gnihihi…

Sans plus de discussion, frère et soeur s’installèrent confortablement dans le canapé après qu’Asato ait lancé le premier film. Voyant sa soeur frissonner un peu, il alla chercher une couverture à l’étage dans laquelle elle s’emmitoufla sans attendre une seconde. Popcorns sur les genoux, ils commencèrent leur soirée pyjama.

C’était son moment préféré de la semaine, loin des scalpels et des sacs mortuaires. Il pouvait profiter du temps avec sa jumelle pour discuter, jouer et regarder des films. Son esprit n’y était pourtant pas, ce soir. Un serial killer tenait en haleine toute son équipe et ses journées s’allongeaient à l’inverse de ses nuits. Dans son malheur, il avait cependant été interdit de travailler durant quelques jours par obligation de prendre du repos suite à nombre de nuits blanches. “C’est pour ta santé”, avait dit le chef. Il soupira bien malgré lui ce qui détourna le regard de Valeria, pourtant absorbée par l’écran.

  • Encore ton enquête? demanda-t-elle en lançant un popcorn en l’air qui lui retomba dans l’oeil.
  • Hum…
  • Je ne sais pas comment tu fais. Tout seul avec tous ces morts dans un sous-sol… Rien que d’y penser, j’en frissonne.
  • Un endroit calme comme je les aime, répondit-il sobrement.
  • Vous avez des pistes?
  • Zéro. Aucune des victimes ne présente de traces quelconques de violence, de poison ou que sais-je. Autrement dit, il pourrait très bien s’agir d’un Déviant dont les pouvoirs lui permettraient d’effacer les preuves ou de tuer sans en laisser.
  • Et la belle enquêtrice? rebondit-elle sans commenter, un sourire taquin sur le visage. Tu la vois souvent?
  • Tanaka? Non. J’ai à peine le temps d’enquêter sur nos parents, ce n’est pas pour me ralentir à coup d’aventures amoureuses.
  • Menteur… Tu ne dors pas exprès pour enquêter, justement.
  • Si je ne le fais pas, qui va le faire, Valeria? répondit-il du tac au tac, sans animosité.

Elle ne répondit pas et préféra lancer d’autres popcorns en l’air.

Il l’a regarda d’un air amusé. Depuis toutes ces années, elle n’avait qu’à peine changé. Toujours les mêmes cheveux emmêlés coupés au carré, toujours les mêmes grands yeux qui lui donnaient un air surpris en permanence. Il sourit quand elle couina un “Oh nooon!” suite à un lancer raté qui l’obligea à se lever et ramasser ses bêtises.

Elle en profita pour sortir un bout de château miniature de sous la table, composé de centaines de cubes. Il s’agissait de son activité favorite, les Cubecrafts, descendants améliorés des Lego d’antan. La grosse différence était que chaque pièce était un cube parfait qui se connectait aux autres par un système similaire aux aimants. De plus, les couleurs pouvaient être modifiées indépendamment les unes des autres ou toutes à la fois.

  • Je me demande comment une telle enfant peut être une telle génie d’architecture.
  • C’est parce que je suis une enfant que je suis une génie! rétorqua-t-elle en s’attelant au design de son pont-levis.

C’était probablement vrai. La maison dans laquelle il vivait était une composition de sa soeur et il ne pouvait nier son talent. Elle était parfaitement écologique et son salon permettait même de voir les étoiles de la baie vitrée au plafond, sans parler de l’arbre qui montait jusqu’à l’étage. C’était une véritable maison d’architecte qui avait l’âme de sa jumelle dans chacun de ses recoins.

  • Et le film, dans tout ça? ironisa-t-il
  • Voyons voyons! Y’a rien de compliqué, là. Il va le prendre par la main et lui faire une déclaration passionnée avant de se prendre une rouste parce qu’il n’a fait que des bêtises jusque-là.
  • C’est moi l’enquêteur, je te rappelle.

Elle le regarda, lui tira la langue, lui lança un popcorn puis revint à sa construction. Il ne lui fallut cependant pas bien longtemps avant qu’elle ne s’en détourne de nouveau:

  • Asato? commença-t-elle.
  • Hum…? marmonna-t-il une poignée de maïs soufflés dans la bouche.
  • Tu vas faire quoi de l’invitation à la cousinade?

La cousinade… pensa-t-il. Il avait reçu une lettre de la part d’un cousin éloigné, quelques temps auparavant. La lettre était une invitation à se ressembler dans le manoir familial, un manoir où lui et sa jumelle avaient passé une grande partie de leur enfance. À dire vrai, il n’y avait jamais remis les pieds depuis cette époque. Il ne supportait plus cet endroit. Pourtant, quand la lettre lui était parvenue, il avait hésité.

Sa famille ne s’était pas ainsi réunie depuis 20 ans, dans cet endroit qu’ils appelaient simplement le “Manoir”. Ce dernier avait traversé les générations depuis l’achat des terres qui bordaient le Lac Platin. Plutôt qu’un lieu de vacances, le Manoir était habité par une poignée d’oncles et de tantes. En tant que membre de la famille, le Manoir lui appartenait également par le biais de sa mère. Pourtant, il était loin d’être le seul héritier et ils étaient si nombreux qu’ils formaient plutôt un clan, vraiment, le Clan du Manoir, comme son arrière-grand-père les appelait, ou juste le Clan. Avec une cinquantaine de membres vivants, le nom était à peine exagéré.

Et si même la moitié de ces gens se rassemblait au même endroit, il était certain de trouver des réponses à ses questions.

  • Je vais accepter, répondit-il.
  • Tu es sûr…?
  • Oui. C’est la meilleure manière d’apprendre la vérité sur toi, papa et maman.
  • Asato…, murmura-t-elle la voix brisée.
  • Tu ne veux pas savoir?
  • Si, bien sûr… Mais à quoi bon…? C’est une affaire classée depuis longtemps, à présent…
  • Non! cria-t-il sans le vouloir ce qui fit sursauter sa soeur qui fit voler ce qu’elle avait dans la main.

Il le regretta aussitôt et approcha sa main de son épaule, avant de se raviser. Il reprit d’une voix plus calme:

  • Je ne suis pas satisfait des réponses et nous ne nous sommes jamais tous réunis de la sorte depuis tout ce temps. C’est l’occasion rêvée. Pour toi aussi.

Sa décision était prise. D’ici quelques semaines, lui et sa soeur iraient dans la maison de leur enfance.

Sa détermination ne fléchit pas les jours suivants, bien que Valeria tentât de le dissuader. Derrière le volant de la voiture, il était pourtant trop tard.

Le Manoir se trouvait entre lac, montagnes et rivière. Pour le rejoindre, il fallait d’abord atteindre l’Auberge des Baroudeurs qui servait également de lieu d’embarcation pour circuler sur le Lac Platin. De là, plusieurs bateaux faisaient un circuit auprès des différentes îles et habitations de la région. Ensuite, une petite marche s’imposait pour rejoindre l’habitation en elle-même et le début de la forêt à traverser était aussi le début de la propriété privée du Clan.

Un endroit à l’abri des regards et des curieux.

Un endroit parfait pour commettre un triple meurtre 20 ans auparavant.

Pierre-A

Pierre-A

Jeune aventurier perdu entre digital et fantasy. Derrière cette description douteuse se cache un écrivain en quête d'évasion et un web-analyst hyperactif. Derrière cette deuxième description douteuse, juste un grand enfant comme les autres, fougueux et créatif.

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